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2 janvier 2012 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Victimes d'intimidations, des journalistes dénoncent l'insécurité croissante pour les médias


Le 28 décembre 2011, Najam Sethi, rédacteur en chef de The Friday Times, commentateur à la télévision et l'un des plus éminents journalistes du Pakistan, a déclaré que "des acteurs étatiques et non étatiques", désignant par cette expression des agents du renseignement militaire et des membres d'organisations militantes interdites, l'avaient "sérieusement menacé" au cours des six derniers mois. Quatre autres journalistes ont récemment indiqué avoir fait l'objet de menaces. "Les journalistes indépendants sont de plus en plus dans la ligne de mire des ennemis de la liberté de la presse, dans un contexte de regain de tension entre le gouvernement civil et l’armée. Le niveau de violence à l'encontre des professionnels des médias est devenu intolérable. L'ordre public doit être rétabli et des solutions apportées par les autorités le plus rapidement possible pour la protection des journalistes menacés de représailles", a déclaré l'organisation. Najam Sethi a fait part des menaces qui pesaient sur lui après son retour à Lahore faisant suite à un exil de trois mois à l'étranger, décidé par mesure de sécurité. Analyste politique sur Geo News TV, dans une émission populaire diffusée trois fois par semaine, le journaliste a déclaré à Reporters sans frontières, le 31 décembre 2011, qu'il nommerait les organisations et les individus responsables de ces menaces, si elles ne cessaient pas. Il a également affirmé vivre sous les menaces depuis quatre ans. Récompensé déjà trois fois pour son courage et son action en faveur de la liberté de la presse, Najam Sethi a reçu l'année dernière le prix Hilal e Pakistan, la plus haute distinction au Pakistan pour les citoyens civils. "Nous n'avons pas parlé de cela plus tôt, car nous ne voulions pas déstabiliser le gouvernement, mais les menaces prennent des proportions dangereuses et le temps est venu pour tous ceux qui sont menacés de parler publiquement", a déclaré le journaliste pendant son talk-show politique, "Aapas Ki Baat", diffusé en fin de nuit, en direct. (Voir son blog) Le journaliste a ajouté: "il est inacceptable que des agents de renseignement dans notre démocratie menacent des civils. L’existence d’un Etat dans l'Etat n'est pas acceptable." La divulgation de ces menaces survient quelques jours après que le journaliste Hamid Mir, hôte d'un talk-show populaire de Geo News, a publié un message de menaces qu'il pense provenir de "l’establishment" des forces de sécurité, une autre référence indirecte aux agences de renseignement. "Vous ne savez jamais si ce sont les taliban ou les agences de sécurité qui en ont après vous. Et parfois, vous ne savez pas parce que l'un opère à la demande de l'autre", a déclaré le journaliste après avoir rendu les menaces publiques. Aucun groupe "non-étatique" ou "étatique" auxquels le journaliste a fait référence n'a jusqu'ici pas récusé les accusations. Selon Najam Sethi, le ministère de l'Intérieur avait officiellement adressé un avis, en 2011, à toutes les organisations de police et au service de renseignement au sujet des menaces à son encontre et à l'encontre de sa famille. Par ailleurs, le journaliste de télévision Salim Safi a également révélé qu'il avait reçu des menaces suite à son interview d'Imran Khan (ancien joueur de cricket entré en politique au milieu des années 1990) et à un article à son sujet. Les questions critiques du journaliste lui ont valu des insultes et menaces envoyées par e-mails et sur Facebook, en provenance des partisans d'Imran Khan et de ses sympathisants au sein des agences de sécurité. L'article de Salim Safi, journaliste renommé, analyste et présentateur de l'émission "Jirga", sur Geo TV, a été publié dans le quotidien en ourdou Jang, le 28 décembre 2011. Le journaliste y affirmait que des travailleurs et des sympathisants du Pakistan Tehreek-e-Insaf (PTI), parti politique fondé par Imran Khan, utilisaient un langage abusif et un ton menaçant. Safi a déclaré: "Je continuerai de critiquer le PTI et Imran Khan dans le futur si je juge leurs actions impropres." En outre, deux producteurs d’informations de la chaîne Samaa TV, Muhammad Atif Khan et Ghulamuddin, sont confinés chez eux, suite à la diffusion, le 14 décembre 2011, d’images exclusives d’enfants enchaînés dans une école religieuse à Karachi. Plus d’une douzaine de personnes attendraient en permanence devant leurs maisons, menaçant également leurs familles et leurs voisins, dans le but d’obtenir des renseignements à leur sujet. Environ cinquante enfants, attachés par des chaînes, ont été délivrés par la police, du sous-sol de la madrasa de Dau-ul-Uloom Zakriya, où ils étaient, selon la police, préparés à diverses activités extrémistes. Le Pakistan est le pays le plus meurtrier au monde pour les professionnels des médias. En 2011, dix journalistes ont été tués en raison de leur activité professionnelle. Le district de Khuzdar (sud-ouest du pays) figure parmi les dix lieux les plus dangereux pour les journalistes répertoriés par Reporters sans frontières.