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12 avril 2012 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Victime collatérale de l’Internet national


Reporters sans frontières demande la libération immédiate et inconditionnelle de Mohammad Solimaninya, directeur du site u24, un réseau social professionnel iranien fort de dizaines de milliers d'utilisateurs, également créateur et hébergeur de plusieurs sites d’associations représentant la société civile et les intellectuels iraniens. Le net-citoyen a été arrêté, le 10 janvier 2012, suite à une convocation du tribunal de la Révolution de la ville de Karaj (au nord de Téhéran). Le même jour, des agents en civil du ministère des Renseignements ont perquisitionné son domicile et confisqué son ordinateur, ses disques durs et des CD. Détenu au secret depuis un mois à la section 209 de la prison d’Evin, ce spécialiste du Net et des réseaux subit, selon les informations recueillies par Reporters sans frontières, d’intenses pressions pour l’obliger à collaborer avec le régime dans son projet de création d’un “Internet national”. Avant son arrestation, il avait été à plusieurs reprises convoqué et interrogé par les services de renseignement qui tentaient de le forcer à leur donner le contrôle des sites qu’il gérait. Selon sa famille , Mohammad Solimaninya a entamé une deuxième grève de la faim pour protester contre ses conditions de détention. A ce jour, aucune charge n'a été retenue contre lui. Les responsables judiciaires l’ont forcé à signer un document attestant qu’il était dans l’incapacité d’honorer sa caution”. L’Iran est depuis peu la deuxième plus grande prison du monde pour les net-citoyens après la Chine et devant le Viêtnam. Dix-neuf blogueurs et cyberdissidents y sont emprisonnés. Quatre net-citoyens ont été condamnés à la peine de mort. Les autorités iraniennes ont démenti, mardi 10 avril, les informations publiées par certains médias, selon lesquelles une coupure définitive de l’accès à Internet sera mise en place en Iran en mai prochain, dans le cadre de l’Internet national annoncé déjà à plusieurs reprises par le régime de Téhéran. Le ministère des Technologies de l’information a estimé, par voie de communiqué, que "la publication d'une telle information (...) sert les médias et les cercles étrangers colonialistes” pour discréditer l'Iran. Il a comparé ces informations à un poisson d’avril. Comme le soulignait Reporters sans frontières, dans le chapitre Iran de son rapport sur les Ennemis d’Internet, publié le 12 mars 2012, “dans les faits, les Iraniens qui n’arrivent pas ou n’osent pas contourner les filtres des censeurs sont de fait condamnés à consulter une version du Web autorisée par le régime, donc nettoyée de critiques politiques, sociales ou religieuses. L’Internet national est déjà depuis des années une réalité, l’annonce de son lancement appartient davantage à une logique politique et nationaliste”. L’organisation s’interroge sur les modalités de la mise en place de ce “Web propre” : “le régime s’oriente-t-il vers un Internet à deux vitesses, avec d’un côté un accès au World Wide Web pour le gouvernement, les leaders religieux, les Gardiens de la Révolution et les grandes entreprises, et de l’autre côté l’immense majorité de la population qui devrait se cantonner à un Intranet censuré ? Dans ce cas, les autorités se rendraient coupables de grave discrimination à l’encontre des Iraniens, d’un véritable apartheid digital.”