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16 juin 2014 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Vers un nouveau Printemps noir à Cuba ?


Reporters sans frontières s’inquiète de la situation des journalistes à Cuba, alors que plusieurs cas d’agressions physiques, de détentions arbitraires, de menaces de mort et de blocage de l’accès à l’information se sont succédé ces derniers jours. L’agence de presse indépendante et organisation de défense de la liberté d’expression Hablemos Press est directement visée par les hostilités du département de la Sécurité intérieure : son fondateur, Roberto de Jesús Guerra, a été victime d’une violente agression perpétrée par des agents de la police révolutionnaire, le 11 juin 2014 à La Havane. Sa femme Magaly Norvis Otero Suarez, également correspondante de Hablemos Press, a indiqué qu’il se trouve actuellement immobilisé chez lui, souffrant de multiples lésions au visage et au pied droit. Quatre jours plus tôt, Raúl Ramirez Puig, correspondant de Hablemos Press dans la province de Mayabeque, a été heurté par une voiture. Les deux personnes au volant l’ont menacé, lui signifiant : “un accident est vite arrivé”. Les détentions arbitraires de journalistes se succèdent également sur l’île, avec l’arrestation de Mario Hechavarría Driggs, un collaborateur de l’agence, par des agents du département de la sécurité intérieure, le 8 juin 2014. De son côté, l’étudiant en journalisme Yeander Farrés Delgado a été interpellé alors qu’il photographiait le capitole de la Havane, où siège le ministère des Sciences, des Technologies et de l’Environnement. Il a été libéré cinq heures plus tard. “Malgré l’apparence d’une ouverture politique du régime castriste, les méthodes des autorités pour faire taire les journalistes dissidents sont à l’évidence de plus en plus brutales, déclare Christophe Deloire, secrétaire général de l’organisation. Depuis que le dernier journaliste arrêté dans le cadre du ‘Printemps noir’ a été libéré en 2011, nous assistons à un renforcement progressif de la répression.” L’agence Hablemos Press a dénoncé le 11 juin dernier les multiples menaces de mort proférées par téléphone au cours des deux derniers mois. La journaliste Magaly Norvis Otero Suarez a reçu plusieurs appels sur la ligne de la rédaction de Hablemos Press. Le 12 juin, elle a été convoquée par des agents du département de la Sécurité intérieure qui l’ont sommée de modifier le ton des articles de l’agence, qui déplait au régime castriste. Les autorités cubaines sont allées jusqu’à déconnecter les téléphones portables de Roberto de Jesús Guerra, Magaly Novis Otero Suarez et de leur confrère Arian Guerra du seul réseau téléphonique de l’île, fourni par l’entreprise d’Etat ETECSA, afin d’éviter toute forme communication. “Qu’advient-il du droit à l’information si La Havane supprime à l’envie les liaisons téléphoniques, alors que l’utilisation d’Internet est déjà extrêmement limitée sur l’île? déclare Camille Soulier, responsable du bureau Amériques de Reporters sans frontières. Nous demandons à l’Etat cubain de rétablir au plus vite la couverture du réseau téléphonique des journalistes de Hablemos Press.” Reporters sans frontières déplore également les conditions de détention de la journaliste indépendante Juliet Michelena Díaz, incarcérée à la Havane depuis le 7 avril 2014 sans décision de justice, et dont le chef d’accusation est passé de “menace” à celui de “terrorisme” dans la semaine de son arrestation. Yoenni de Jesus Guerra García, journaliste de l’agence Yayabo Press, se trouve lui aussi en prison. Condamné à sept ans de prison ferme en mars 2014, il est détenu depuis octobre 2013. Le blogueur Ángel Santiesteban-Prats qui figure parmi les 100 héros de l’information, est quant à lui incarcéré depuis le 28 février 2013 pour des charges montées de toutes pièces. Dernier pays de la zone Amériques, Cuba est 170eme sur 180 dans l’édition 2014 du Classement mondial de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières. Photos: Hablemos Press