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28 mai 2003 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Verdict du procès en appel de Daher Ahmed Farah


Reporters sans frontières demande au procureur de la République de libérer le journaliste et opposant Daher Ahmed Farah, détenu depuis le 20 avril 2003, et annonce l'arrivée, le 26 mai, à Djibouti d'un avocat pour le défendre.
24/06/03 Droit de réponse du barreau de Djibouti Ordre des avocats du Barreau de Djibouti, Le bâtonnier, Maître Wabat Daoud, A Monsieur le président de Reporters sans frontières, Monsieur le Président, J'interviens en qualité de Bâtonnier de l'Ordre des Avocats de Djibouti pour faire suite à deux publications que vous avez fait paraître le 26 mai 2003 et le 6 juin 2003 dans votre site internet sur la détention de Monsieur DAHER AHMED FARAH (dit DAF), Directeur du Journal « LE RENOUVEAU DJIBOUTIEN » et Président du «Mouvement pour le Renouveau Démocratique et le Développement ». Dans le cadre du procès en diffamation opposant le Général ZAKARIA à Monsieur DAHER AHMED FARAH, votre organisation a mandaté Maître Stéphane ZERBIB, envoyé par Avocats sans Frontières pour assurer la défense du journaliste mis en cause. Dans vos deux publications, vous déclarez : «qu'aucun avocat sur place ne voulait défendre DAF.» Je m'inscris en faux contre cette désinformation fallacieuse qui voudrait faire croire qu'à Djibouti les avocats sont sous influence du politique. A aucun moment, Monsieur DAF n‚a sollicité un Conseil djiboutien ni même saisi le Bâtonnier qui n'aurait pas manqué de lui désigner un Avocat d'office, pour le cas où il n‚aurait pas eu les moyens de s'attacher les services d‚un membre du Barreau. La fausse rumeur répandue par Monsieur DAF ne sert que des intérêts politiques partisans qui, à mon sens, décrédibilisent en même temps votre organisation «Reporters sans Frontières» qui aurait du d'abord vérifier l'information auprès du Bâtonnier. Je suis d'autant plus conforté dans mes propos que, par le passé, et vous le savez très bien, Monsieur DAF avait déjà bénéficié de l'assistance d'un avocat, en l'occurrence Maître Alain MARTINET, désigné d'office par le Bâtonnier de l'époque, Maître ALI DINI. Les faits remontent à octobre 1997 et Monsieur DAF, dans le cadre d'une procédure pénale, était poursuivi pour administration illicite d'un parti politique, direction illicite d‚un journal hebdomadaire, diffusion de fausses nouvelles et organisation illégale de manifestations. Plus récemment encore, en l'absence de toute désignation d'office, Monsieur DAF, dans d'autres procédures, était également représenté par Maître Mohamed OMAR. J'ai personnellement assisté à tous ces procès et je ne pense pas que Monsieur DAF ait eu à se plaindre de sa défense assurée dignement par ses Avocats, Maître Alain MARTINET et Maître Mohamed OMAR, qui avaient obtenu sa libération. Entre 1997 et l'an 2003, les choses n'ont pas changé et notre justice continue à s'ancrer d'avantage dans la consolidation d'un Etat de Droit, respectueux des droits fondamentaux de la personne humaine. Je conclus, en conséquence, que votre affirmation, selon laquelle « aucun avocat sur place ne voulait défendre Monsieur DAF » est fausse et mensongère, une contre-vérité gravement injurieuse à l'égard du Barreau qui, jusqu'ici, a toujours veillé au respect des principes attachés aux droits de la défense. Je vous demande de publier ce droit de réponse dans votre site internet et, si d'aventure, vous propagiez de telles fausses nouvelles, je me verrais contraint avec l'Ordre des Avocats que je représente, à assigner en justice votre organisation, «Reporters sans Frontières», dont l'avocat mandaté pour défendre Monsieur DAF n'a même pas daigné rendre visite au Bâtonnier de l'Ordre des Avocats, suivant les usages de notre profession. Croyez, Monsieur le Président, en l'expression de mes salutations distinguées. Me Wabat Daoud, Bâtonnier de l'Ordre des avocats ________________________________________________________________ 28/05/03 Actualisation Le 28 mai, la Chambre Correctionnelle de la Cour d'Appel de Djibouti a condamné Daher Ahmed Farah à quatre mois de prison avec sursis et à verser 500 000 FD (près de 2 000 euros) de dommages et intérêts. L'amende, dont le montant s'élevait à 2 millions de FD (plus de 10,000 euros), a été annulée. Le quotidien Le Renouveau est également autorisé à poursuivre ses parutions. Le journaliste a toutefois été ramené à la prison de Gabode, dans des conditions de détentions déplorables. Il est enfermé dans des anciennes toilettes à la turque dont la surface au sol se limite à 2,5 m sur 1,5 m. La deuxième affaire pour laquelle Daher Ahmed Farah est emprisonné est encore au stade de l'instruction. ________________________________________________________________ 26/05/03 Reporters sans frontières demande aux autorités de libérer Daher Ahmed Farah A l'occasion de la prochaine audience du procès en appel de Daher Ahmed Farah, directeur de publication du journal Le Renouveau et président du Mouvement pour le renouveau démocratique et le développement (MRD, parti d'opposition), le mercredi 28 mai, Reporters sans frontières demande au procureur de la République, Djama Souleiman Ali, de faire preuve de clémence et de requérir la relaxe de ce journaliste et opposant. Dans cette affaire, il avait été condamné, en première instance, le 17 mars, à six mois de prison avec sursis et à verser 2 millions de FD d'amende (plus de 10 000 euros). Le général Zakaria Cheik Ibrahim avait porté plainte contre le journaliste pour "diffamation" à la suite de la publication d'un article du 6 mars 2003, intitulé "Le commandement militaire procède à des renvois politicards". Daher Ahmed Farah est emprisonné, dans des conditions éprouvantes, depuis le 20 avril 2003. Le journal dans son édition n°475 du 17 avril, avait de nouveau reproché à l'officier le manque de "neutralité" d'une armée qui "doit être apolitique". Les autorités judiciaires ont rejeté sa demande de liberté provisoire, le 30 avril. "A notre connaissance, Daher Ahmed Farah n'a fait qu'exercer son droit à informer l'opinion publique, un droit garanti par plusieurs traités internationaux ratifiés par la République de Djibouti. Rien ne justifie cette détention prolongée", a déclaré Robert Ménard, secrétaire général de Reporters sans frontières. L'organisation a rappelé que les Nations unies condamnent "l'emprisonnement en tant que condamnation de l'expression pacifique d'une opinion". Par ailleurs, Reporters sans frontières a annoncé qu'un membre de l'association Avocats sans Frontières assurera la défense de Daher Ahmed Farah. Il est arrivé à Djibouti le 26 mai. Aucun avocat sur place n'a accepté de défendre le journaliste. Le journaliste a été arrêté à Djibouti, le 20 avril au matin, et placé en cellule d'isolement à la prison de Gabode. Seule sa mère est autorisée à lui rendre visite. Quelques jours plus tard, la Police spéciale de Djibouti s'était rendue au domicile du journaliste et au siège central du MRD afin de saisir sept machines à écrire, un amplificateur, les réserves d'encre des photocopieurs, ainsi que toutes les archives du journal Le Renouveau, sans qu'aucun mandat de perquisition ait été présenté. Enfin, le 5 mai au matin, des policiers ont saisi l'édition n°477 du journal dans les kiosques et auprès des vendeurs. Daher Ahmed Farah a été emprisonné à plusieurs reprises au cours de ces dernières années. Dans la plupart des cas, il était poursuivi pour un délit de presse et a été condamné à des peines de prison ou à des amendes. Le 15 mars 2003, il avait été détenu une journée et condamné à une amende pour avoir "porté atteinte au moral de l'armée".