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27 octobre 2016 - Mis à jour le 28 octobre 2016

Venezuela: RSF dénonce le harcèlement des autorités contre la journaliste Melissa Turibbi

Source: Lapatilla
Le 24 octobre, le domicile de l’animatrice TV vénézuélienne Melissa Turibbi a été fouillé et mis à sac par des fonctionnaires publics. Cette grave violation des droits de la journaliste, déjà persécutée dans l’année, s’inscrit dans un contexte particulièrement tendu pour la presse d’opposition dans le pays.

Le lundi 24 octobre, cinq agents de la Sebin (Servicio Bolivariano de Inteligencia), le service d’espionnage et de contre-espionnage du gouvernement vénézuélien, sont entrés au domicile de Melissa Turibbi, animatrice TV pour Globovision, sans autorisation ni mandat particulier. Les agents cherchaient la journaliste, qui était en déplacement professionnel. Son fils et sa nounou, présents sur place, ont assisté impuissants à la fouille complète et la mise à sac de l’appartement. Atteint d’autisme, le fils de Melissa, a été enfermé dans une chambre pendant l’intrusion. Les agents, qui cherchaient visiblement à mettre la main sur des documents personnels de la journaliste, notamment son ordinateur portable, n’ont rien trouvé et ont abandonné les lieux peu de temps après.


Spécialisée dans les rubriques politiques et militaires, Melissa Turibbi est une journaliste reconnue au Venezuela, et réputée pour son franc-parler et ses critiques sur la politique du gouvernement de Nicolas Maduro, notamment dans le programme ‘Reportes Estelar’, qu’elle anime pour Globovision. Ce n’est pas la première fois qu’elle fait face à ce genre de pressions.


Le 11 février 2016, Melissa a été victime d’un accident de voiture et a perdu connaissance. Lorsqu’elle a repris ses esprits, des fonctionnaires de la PNB (Policia nacional boliviariana) l’ont reconnue et invitée à la suivre pour une série d’interrogatoires. Melissa est alors insultée, ses mains attachées, puis elle est violentée et accusée de ‘résistance aux autorités’. Sans aucune possibilité de prévenir ses proches et son avocat, elle est transportée d’un commissariat à l’autre, et subit encore d’autres violences physiques. Elle ne sera libérée que le lendemain, après avoir passé quelques heures à l'hôpital pour des problèmes respiratoires. Melissa a déposé plainte auprès du Ministère public, mais aucune suite n’a jusqu’ici été donnée à l’affaire.


Reporters sans frontières dénonce une grave atteinte aux droits fondamentaux de la journaliste Melissa Turibbi, et appelle le gouvernement à cesser de harceler et censurer les journalistes vénézuéliens, quel que soit leur positionnement politique ou la ligne éditoriale du média qu’ils représentent, déclare Emmanuel Colombié, directeur du Bureau Amérique latine pour RSF. Les méthodes moyenâgeuses utilisées par les autorités pour censurer les voix dérangeantes sont inacceptables, et très préoccupantes pour l’avenir de la presse, dans un pays déjà traversé par une crise majeure.


Contactée par RSF, Melissa se dit désabusée et ne souhaite pas déposer de nouvelle plainte après cette tentative de cambriolage, la précédente n’ayant toujours pas été traitée. Le 24 mai 2016, la journaliste avait par ailleurs été écartée de l’émission Melissa y Vladimir, qu’elle co-animait avec Vladimir Villega, après avoir interviewé le député Ricardo Sanchez, à l’époque dans l’opposition et très critique envers les milices chavistes. Elle attribue cette éviction à des pressions directes du pouvoir en place.


Des manifestations sous haute tension


Le Venezuela traverse par ailleurs une profonde crise économique et sociale. L’opposition vient d’appeler à la grève générale et des milliers de personnes ont manifesté à Caracas et dans tout le pays lors des dernières semaines. Dans ce contexte extrêmement tendu, de nombreuses autres attaques contre la presse ont été recensées. Le dimanche 23 octobre, lors d'une session extraordinaire à l'Assemblée Nationale, un groupe armé de chavistes est entré de force dans l'hémicycle pour perturber les débats. Trois journalistes ont été menacés avec des armes à feu, de nombreux équipements ont été volés, dont des gilets pare-balles, et un journaliste a été agressé.


L’organisation locale Espacio Público rapporte que ce mercredi 26 octobre, alors qu’ils venaient couvrir une nouvelle grande manifestation contre le pouvoir en place, les journalistes péruviens Ricardo Burgos, Leonidas Chávez et Armando Muñoz (canal Televisa) et le photographe argentin Rodrigo Abd (Associated Press) ont été interdits d’entrer sur le territoire vénézuélien, puis renvoyés dans leur pays. Le service des douanes (Saime) de l’aéroport international de Caracas ayant considéré que leur visa de travail n’était pas valide. RSF avait déjà dénoncé ces méthodes à la veille des protestations populaires du 1er septembre dernier.


Pas moins de 10 journalistes ont par ailleurs été agressés lors de ces manifestations du 26 octobre, toujours selon Espacio Público.


Le Venezuela est classé 139e sur 180 pays au Classement sur la liberté de la presse établi par RSF en 2016.