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24 août 2004 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Une radio locale suspendue pour un mois


La radio locale Özgür Radyo à Istanbul a cessé d'émettre dans la nuit du 18 août 2004 suite à la décision du Haut Conseil de l'audiovisuel (RTÜK) de suspendre la station pour une durée de 30 jours. « Cette sanction est extrêmement sévère et, une fois de plus, totalement disproportionnée. Le RTÜK ne semble pas concerné par les réformes démocratiques entreprises dans la perspective de l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne. Il continue de censurer à sa guise les médias qui lui déplaisent », a déclaré Reporters sans frontières. « La toute-puissance de cet organe reste un obstacle majeur à la liberté de la presse dans le pays », a ajouté Reporters sans frontières, qui a demandé au ministre d'Etat à la presse, Besir Atalay, d'intervenir afin que le RTÜK revienne sur sa décision. Özgür Radyo a été condamnée pour « incitation à la violence, à la terreur, à la discrimination sur la base de la race, de la région, de la langue, de la religion ou de la secte ou diffusion d'émissions qui éveillent des sentiments de haine dans la société », en vertu de l'article 4 de la loi 3984 du RTÜK. Le RTÜK reproche à la radio d'avoir évoqué, lors d'une revue de presse, la une du quotidien Günlük Evrensel du 27 août 2003, qui affirmait que des membres du Parti démocratique du peuple (DEHAP) avaient été « massacrés » par des policiers en civil à Adana (Sud) pendant un mariage. La sanction du RTÜK est tombée le 24 février 2004. La station a fait appel auprès du tribunal administratif d'Ankara, qui a confirmé la peine le 9 juin dernier. Le RTÜK aura le pouvoir, en cas de récidive, de retirer la licence de Özgür Radyo. Le RTÜK prononce régulièrement des sanctions contre les médias prokurdes ou très critiques envers le gouvernement, allant de l'avertissement au retrait de licence. Ainsi, Günes TV, la télévision locale de Malatya (est du pays), avait cessé d'émettre pendant un mois à partir du 30 mars 2004. Le RTÜK avait accusé la chaîne de « porter atteinte à l'existence et à l'indépendance de l'Etat, à l'unité indivisible du pays avec le peuple et aux principes et réformes d'Atatürk » (article 4 de la loi 3984 du RTÜK). Le 22 mai 2003, un journaliste, immédiatement licencié par la chaîne, avait présenté ses condoléances à la famille d'une militante d'extrême gauche tuée après avoir activé par erreur la charge explosive qu'elle portait sur elle. S'appuyant sur le même article, le RTÜK avait suspendu pour une durée d'un mois, le 1er avril 2004, la télévision locale ART à Diyarbakir (Sud-Est) pour avoir diffusé, le 16 août 2003, deux chansons en kurde.