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21 juillet 2015 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Une journaliste poursuivie pour avoir protégé ses sources: une première en Arménie


Reporters sans frontières (RSF) s’indigne des poursuites lancées à l’encontre de la journaliste Kristine Khanoumian pour avoir refusé de dévoiler ses sources.
Le Service spécial d’investigation, organe en charge des enquêtes sensibles, a ouvert une enquête à l’encontre de la rédactrice en chef du site d’information iLur.am, Kristine Khanoumian, pour “refus d’obtempérer à une décision de justice”. L’information a été rendue publique par les médias à la mi-juillet 2015. En vertu de l’article 353.2 du code pénal, la journaliste risque jusqu’à deux ans d’emprisonnement. Le 26 juin 2014, un tribunal d’Erevan avait ordonné à iLur.am et au journal Hraparak de dévoiler leurs sources, dans le cadre d’une enquête ouverte sur la base de leurs révélations concernant un cas d’abus policier. Les deux titres s’y sont refusés, soulignant que le secret des sources était un principe professionnel, et voyant dans cette requête une manoeuvre d’intimidation à l’égard des médias critiques. “Les poursuites lancées contre Kristine Khanoumian représentent un précédent dangereux pour la liberté de la presse en Arménie, déclare Johann Bihr responsable du bureau Europe de l’est et Asie centrale de Reporters sans frontières. Le secret des sources est une condition indispensable au journalisme libre. Il est protégé en tant que tel par la loi arménienne et la jurisprudence de la CEDH. Nous appelons donc le Service spécial d’investigation à classer immédiatement cette enquête.” De nombreux médias arméniens ont publié un communiqué commun pour dénoncer les poursuites intentées contre la rédactrice en chef d’iLur.am. La représentante de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) pour la liberté des médias, Dunja Mijatovic, s’en est elle aussi inquiétée, rappelant que “les représentants des médias ne sauraient être mis en cause pour avoir publié ou diffusé des informations d'intérêt général”. iLur.am et Hraparak avaient rapporté l’agression par un haut gradé de la police de deux frères, dont un célèbre champion de lutte, en mai 2014. La justice avait fini par ouvrir une enquête in extremis sur les faits allégués. Pour Kristine Khanoumian, les autorités savaient très bien qu’iLur.am et Hraparak refuseraient de dévoiler leurs sources, et elles en tireraient prétexte pour justifier leur inaction. Saisie par Hraparak, la Cour constitutionnelle doit examiner en octobre 2015 la loi invoquée par le tribunal d’Erevan pour exiger que les deux titres nomment leurs sources. L’Arménie occupe la 78e place sur 180 pays dans le Classement mondial 2015 de la liberté de la presse publié par Reporters sans frontières.