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9 janvier 2018 - Mis à jour le 11 janvier 2018

Une journaliste indienne poursuivie pour avoir révélé un scandale de trafic de données confidentielles

Un article de The Tribune a révélé que les données confidentielles de près d'un milliard trois cent mille Indiens sont disponible pour une poignée de roupies (photo : Narinder Nanu / AFP).
Les autorités indiennes ont déposé plainte contre une journaliste qui a révélé de graves irrégularités concernant la confidentialité de la gigantesque base de données biométrique du pays, Aadhaar. Reporters sans frontières (RSF) demande l’abandon immédiat des charges qui pèsent contre elle et son journal.

C’est une révélation majeure qu’a permis l’article publié la semaine dernière par Rachna Kharia dans The Tribune, un quotidien anglophone basé à Chandigarh, au nord de l’Inde. Pour 500 roupies (6,5 euros), quiconque peut avoir accès aux données personnelles du milliard d’Indiens détenteurs de la carte Aadhaar, et ce via des vendeurs anonymes qui font commerce, sur l’application WhatsApp, de ce qui devrait rester strictement confidentiel.


Un scoop qui vaut à la journaliste et au quotidien d’être poursuivis par la police indienne pour fraude, faux et usurpation d’identité. Plus précisément, ils sont accusés d’avoir illégalement acheté un service offrant un accès total aux données du milliard d’abonnés Aadhaar, pour reprendre en substance les termes de la plainte déposée par l’Autorité indienne d’identification unique (AIIU), l’agence gouvernementale chargée de contrôler cette base de données.


“Cette plainte est absolument inacceptable : la journaliste qui a mis à jour ce scandale a clairement agi dans l’intérêt général, estime Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF. C’est une attaque directe contre la liberté de la presse. Au lieu d’essayer d’étouffer l’affaire en poursuivant la lanceuse d’alerte, l’AIIU ferait mieux de suivre les révélations de The Tribune pour trouver qui sont les responsables de ce trafic de données confidentielles.”


RSF apporte sa solidarité au quotidien, pour qui la procédure est “clairement destinée à intimider la journaliste”, et relaie l’appel lancé par l’Union des journalistes indien pour que le gouvernement central intervienne auprès de l’AIIU.


Lancée en 2009, Aadhaar (“la base”, “la fondation”, en hindi) est la plus grande base de données biométrique au monde. Son ambition est d’assigner à chacun du 1,3 milliard de citoyens indiens un numéro à douze chiffres auquel tout est lié : carte d’identité, empreintes digitales, iris, compte en banque, numéro de téléphone, factures, logement, réservations, paiement des impôts, passage d'examens, place en maternité, etc. Bref, un identifiant qu’il ne faut surtout pas se faire pirater.


Cette centralisation inquiète les détracteurs du système, qui y voient l'émergence d'un "Big Brother". Les failles révélés la semaine dernière par Rachna Kharia le rendent d’autant plus préoccupant.


L'Inde occupe la 136e place sur 180 pays dans le classement de la liberté de la presse établi en 2017 par RSF.