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3 mars 2015 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Une centaine de journalistes macédoniens mis sur écoute


Reporters sans frontières (RSF) et CIVIL - Center for freedom condamnent fermement la mise du écoute illégale de journalistes macédoniens et exigent que des mesures immédiates soient prises pour rétablir la justice et l’Etat de droit. Selon le chef de l'opposition Zoran Zaev, le gouvernement macédonien a espionné illégalement une centaine de journalistes dans le but de consolider son contrôle sur les médias.
"Cette opération d'écoute de masse contre des journalistes est une attaque majeure de la liberté des médias, et remet en cause l’Etat de droit, a déclaré Christian Mihr, directeur exécutif de la section allemande de Reporters sans frontières. Si les aspirations du gouvernement en tant que candidat à l'UE ont une quelconque signification, les responsables de cette attaque majeure contre les droits fondamentaux des journalistes macédoniens et de tous les citoyens doivent être identifiés et traduits en justice sans délai”. Lors d’une conférence de presse mercredi 25 février, le chef de l’opposition Zoran Zaev a rendu public six enregistrements audio, dans le but de démontrer l’étendue de l’influence gouvernementale sur les médias. Selon lui, les personnes mises sur écoute sont à la fois des éditeurs de médias pro-gouvernementaux et des journalistiques critiques, comme l’ancien rédacteur en chef du magazine Fokus, Nikola Mladenov, aujourd’hui décédé. Ces pratiques sont contraires aux lois nationales et à la Constitution de Macédoine, et violent les standards internationaux auxquels la Macédoine doit se conformer. Outre ces violations des droits de l’homme et des libertés des journalistes, ces pratiques remettent aussi en question des principes fondamentaux tels que la liberté des médias, la protection des sources des journalistes et les droits fondamentaux des citoyens macédoniens. Les accusations de Zaev sont les quatrièmes d’une long liste de révélations qui ont débuté en février à l’occasion d’un énorme scandale impliquant les écoutes électroniques de plus de 20 000 personnes dans un petit pays comptant environ 2 millions d’habitants. D’après le chef de l’opposition, inculpé le mois dernier pour l’organisation d’un complot visant à renverser le gouvernement en place, l’opération a été ordonnée et commandée par le premier ministre Nikola Gruevski et son cousin Saso Mijalkov, à la tête des services de sécurités de l’Etat. En réponse à ces révélations, le premier ministre a accusé Zaev de travailler pour un service de renseignement étranger lui-même responsable des écoutes électroniques. Il n’a pas souhaité révéler le nom de ce service de renseignement mais a déclaré qu’il était connu des services macédoniens. Gruevski n’a pas nié l’existence de ces enregistrements. Ces dernières années, la liberté de la presse a connu un déclin alarmant en Macédoine : le pays a chuté de 83 places entre 2009 et 2015, passant ainsi de la 34ème position à la 117ème au Classement de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières. Un rapport intérimaire de l’Union Européenne sur la demande d’adhésion de la Macédoine, publié en octobre dernier, a mis en avant la mauvaise situation de la liberté d’information dans le pays : mauvaise utilisation des lois en matière de diffamation, refus des institutions étatiques de placer des messages publicitaires dans les médias indépendants. Reporters sans frontières (RSF) a vivement critiqué dans le passé la décision de justice prise à l’encontre du journaliste macédonien Tomislav Kezarovski, condamné en appel mi-janvier à deux ans de prison pour avoir révélé l’identité d’un témoin protégé dans un article publié en 2008. Kezarovski ayant déjà passé plusieurs mois en prison et plus d’un an en résidence surveillée; il a été autorisé à ne pas retourner en prison en raison de ses problème de santé.