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18 avril 2013 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Une campagne marquée par la censure ; des règlements de comptes à craindre après les élections


Alors que le Paraguay s’apprête à élire un nouveau président et un nouveau Congrès lors des élections générales du 21 avril 2013, Reporters sans frontières réitère son appel en faveur d’un pluralisme réel et d’une démocratisation des supports d’information. L’organisation met également en garde contre les possibles règlements de comptes et représailles auxquels pourraient donner lieu les lourdes révélations rapportées par la presse en cours de campagne concernant les deux principaux présidentiables : Horacio Cartes (Parti Colorado, droite conservatrice) et Efraín Alegre (Parti libéral radical authentique, droite libérale). “Ces élections ne sauraient faire oublier les conséquences du coup d’État parlementaire du 22 juin 2012 sur la liberté d’information et le débat public. Ce contexte a pesé sur la campagne avec la censure par deux chaînes de télévision nationale - dont TV Pública - d’un spot du Frente Guasu, la coalition du président renversé Fernando Lugo. Plus que jamais s’impose un nouveau cadre de régulation des médias, limitant les conflits d’intérêt et garantissant la représentativité des différents secteurs de l’opinion. Les radios communautaires doivent y avoir toute leur place”, a déclaré Reporters sans frontières. “Le Paraguay demeure un pays à risque pour les journalistes, en raison notamment de la porosité entre mafias et milieux politiques. Ces collusions ont été amplement dénoncées durant la campagne. De quelles garanties de sécurité et de liberté bénéficieront des journalistes exposés à de possibles règlements de comptes une fois passé le scrutin ? Il y a là un vrai motif de préoccupation adressé aux vainqueurs des urnes”, a ajouté l’organisation. L’exigence de “service public” imposée au secteur audiovisuel en période électorale a connu une véritable entorse avec le refus des chaînes Canal 9 SNT (privée) et TV Pública, de diffuser le spot de campagne du Frente Guasu. La vidéo souligne l’implication directe des deux principaux candidats en lice à la présidentielle dans le coup d’État parlementaire du 22 juin dernier. Horacio Cartes et Efraín Alegre sont également mis en cause dans de graves affaires financières, auxquelles ont donné écho les principaux quotidiens du pays, ABC Color et Última Hora. Déjà cité dans des câbles diplomatiques sur le narcotrafic régional mis en ligne par WikiLeaks, Horacio Cartes apparaît désormais dans les dossiers d’Offshore Leaks depuis la découverte de la domiciliation aux Îles Cook, un paradis fiscal, de la Amambay Trust Bank dont il est propriétaire. Ces faits figurent dans le livre “L’autre visage de HC”, publié en mars dernier et dont l’auteur, le journaliste César Avalos, a depuis dénoncé des menaces de mort contre sa personne. D’autres accusations concernent le camp rival. La plus grave porte sur un achat présumé de 5 000 hectares de terre à une entreprise liée au président du Congrès Jorge Oviedo Matto (depuis lors destitué et poursuivi), en échange du soutien politique de ce dernier et de son parti à la candidature d’Efraín Alegre. Dans cette ambiance propice à la polarisation, le directeur et propriétaire de la station privée régionale Radio Puente Kyha, Teodoro Ortellado, proche des Colorados, a dénoncé des menaces officielles de fermeture contre son média.