Actualités

30 décembre 2002 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Un quotidien interdit et deux autres publications suspendues


Le 28 décembre, la télévision nationale a annoncé la fermeture du quotidien indépendant Al Watan "dans le cadre de l'état d'urgence et dans le but de préserver la sécurité publique". Le même jour, deux autres publications privées, Al Horriya et As Sahafa n'ont pas paru suite à des menaces de saisie provenant des forces de sécurité. Reporters sans frontières proteste contre ces nouvelles mesures qui portent un grave coup à la presse indépendante du pays. L'organisation demande aux autorités de revenir sur la fermeture d'Al Watan. "Les saisies et convocations de ces dernières semaines risquent non seulement d'entraîner des pertes financières importantes pour les journaux, mais également une plus grande autocensure dans les rédactions", a déclaré Robert Ménard, secrétaire général de l'organisation. Depuis le début de l'année, les autorités ont censuré plus d'une dizaine de fois des journaux indépendants sur des sujets aussi divers que la circoncision, le sida, les pourparlers de paix avec l'Armée populaire de libération du Soudan (APLS), ou encore Hassan el-Tourabi, l'ancienne éminence grise du régime. Le 28 décembre, le directeur général de la Sécurité intérieure a ordonné la suspension immédiate des activités du quotidien indépendant Al Watan et de la Compagnie de la Corne de l'Afrique qui édite ce journal. Adil Sid'Ahmed Khalifa, rédacteur en chef adjoint du quotidien, a déclaré à Reporters sans frontières que des agents des services de sécurité étaient entrés dans les locaux du journal et avaient ordonné l'évacuation des lieux. Le 30 décembre, les autorités ont publié un rapport dans lequel elles justifient cette fermeture. "Le journal a publié une série d'articles sur une présumée corruption sans les appuyer par des éléments substantiels (…) La publication de ces articles avait pour objectif de diffamer et de ternir la réputation des institutions et des personnes", souligne le document. Le texte mentionne vingt cas pour lesquels le quotidien a été condamné par la justice. Certaines de ces affaires concernent des entretiens avec des membres de l'opposition, notamment Hassan el-Tourabi. Le journal a également été sanctionné pour des articles critiquant le déroulement des élections irakiennes. Le 9 novembre, des membres des services de sécurité avaient arrêté Sid'Ahmed Khalifa, rédacteur en chef du journal, suite à la parution d'un article sur des affrontements entre étudiants et policiers à l'université de Khartoum. Son fils, Adil Sid'Ahmed Khalifa, avait été convoqué le même jour et menacé de représailles si d'autres articles paraissaient sur les incidents de l'université. Le lendemain, c'était à son tour d'être arrêté. Les deux hommes avaient été relâchés le 12 novembre. Le 28 décembre, les quotidiens Al Horriya et As Sahafa ne paraissaient pas dans les kiosques suite aux menaces reçues la veille à l'encontre de leurs responsables. Convoqués dans les bureaux de la Sécurité intérieure, Nur el Din Madani et Rabie Hamid, respectivement rédacteur en chef et directeur général d' As Sahafa, avaient été interrogés sur la reprise d'un communiqué du Congrès national populaire (CNP, parti interdit de Hassan el-Tourabi). Le texte critiquait la prorogation, pour un an, de l'état d'urgence. Saadeddine Ibrahim, rédacteur en chef du quotidien Al Horriya a, quant à lui, été interrogé sur un article accusant le gouvernement d'avoir "vendu l'économie nationale soudanaise" et de s'être approprié illégalement "des milliards" de livres soudanaises. Les responsables de ces journaux avaient alors été informés qu'ils seraient sanctionnés et ne pourraient pas sortir leur édition de samedi. En cas de désobéissance, les exemplaires seraient saisis.