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28 octobre 2011 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Un logiciel de surveillance du Net en phase de test, le gouvernement désireux de l’exploiter


Reporters sans frontières dénonce la mise en place par Roskomnadzor, Service fédéral de surveillance des communications, des technologies de l’information et des communications de masse, d’un logiciel de recherche des propos qualifiés d’ “extrémistes” sur Internet. Les sites identifiés auront trois jours pour retirer le contenu incriminé selon des critères flous. En cas de refus, deux avertissements supplémentaires seront envoyés, avant la fermeture du site. Le logiciel, actuellement en phase de test, sera utilisé dès décembre prochain.

Le ministère de la Justice a, quant à lui, publié un appel d'offres public pour créer son propre système de surveillance de contenu Internet. Toute publication sur le gouvernement et la justice russes et toute déclaration de l’Union européenne concernant la Russie seront ainsi passées au crible.

“Notre principale inquiétude porte sur la définition très large des propos ‘extrémistes’, et sur le caractère arbitraire et disproportionné de la sanction qui peut aller jusqu’à la fermeture du site. La création de ce logiciel instaure une surveillance généralisée du Web russe, qui risque de conduire, à terme, au retrait de tout contenu gênant pour les autorités. Ce dispositif ne peut qu’être liberticide pour la circulation de l’information”, a déclaré Reporters sans frontières.

Alors que la quatrième édition consécutive de la “Semaine de l’Internet russe” vient de s’achever, les risques de retrait de contenus sont confirmés par les derniers incidents relevés dans le pays.

L’antenne de Roskomnadzor à Tomsk (Sibérie) a récemment fait pression sur la chaîne de télévision régionale TV-2 pour qu’elle cesse de rediffuser deux programmes d’information de Dojd, première chaîne télévisée sur Internet en Russie, dont le contenu est critique vis-à-vis des autorités. Motif officiel : la licence de TV-2 ne lui permettrait pas de “diffuser des programmes d’un autre média”. Cependant, d’après le rédacteur en chef de la chaîne, Viktor Moutchnik, rien ne s’oppose à l’achat et à la rediffusion d’autres contenus. “Cette réclamation est juridiquement nulle, et nous avons l'intention de la contester en justice", a-t-il déclaré. La chaîne encourt le retrait de sa licence et une amende.

Le 23 octobre 2011, Kseniya Sobtchak, animatrice de télévision, a posté une vidéo de Vasiliy Yakemenko, directeur de l’Agence fédérale de la jeunesse et leader du mouvement pro-Kremlin “Nachi”, dînant dans l’un des plus luxueux restaurants de Moscou. De nombreuses critiques ont suivi la diffusion de cette information. Sans se prononcer sur le contenu de la vidéo, Reporters sans frontières s’inquiète de la réaction de l’attachée de presse du mouvement, Anna Biryukova, qui a demandé aux sites hébergeant la vidéo de la retirer au plus vite, sous peine de poursuites judiciaires.

Anatoly Baranov, propriétaire de la plateforme de discussion forum.msk.ru, affirme également que le moteur de recherche Yandex filtrerait les résultats de Yandex.News afin de ne pas afficher les actualités en provenance de son site.

Enfin, plusieurs blogueurs russes ont signalé une vague de “bots” (bots: logiciel automatique ou semi-automatique (interagissant avec un humain) pouvant être utilisé pour effectuer une cyber-attaque, notamment de type DDos.) contre le réseau de LiveJournal. Oleg Kozyrev, blogueur de l’opposition, en a déjà dénombré plus de 2000.

La boite mail d’Alexeï Navalny, célèbre blogueur anti-corruption, aurait également été piratée. Son contenu aurait été publié sur le site navalymail.kz. D’après plusieurs blogueurs, ce piratage pourrait faire partie d’une campagne de discrédit organisée contre Alexeï Navaly par le gouvernement.

On est actuellement sans nouvelles d’un blogueur engagé dans la Marine, Basile, publiant sur Twitter sous le nom de Sosigusyan. Il dénonçait les bizutages et les mauvaises conditions de vie dans son unité. Son compte Twitter a été piraté et le contenu relatif à l’armée supprimé, à l’exception des trois derniers posts, rédigés par une autre personne.

La Russie est classée 140ème sur 178 pays dans le classement mondial de la liberté de la presse de l’organisation, et figure parmi les “Pays sous surveillance” du rapport “Ennemis d’Internet”.