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17 septembre 2017

Un journaliste mexicain sous le coup de menaces interdit d'entrée aux Etats-Unis

Reporters sans frontières (RSF), le National Press Club et le Newseum Institute condamnent la décision du Service des douanes et de la protection des frontières des États-Unis (United States Customs and Border Protection, CBP) de refuser au journaliste mexicain, Martin Mendez Pineda, le droit d’entrer aux Etats-Unis alors qu’il était censé assister à d’importantes réunions à Washington DC cette semaine. Cette décision s’apparente à une tentative de réduire Martin Mendez Pineda au silence et de l’empêcher de livrer son témoignage à la population américaine.

Le Service des douanes et de la protection des frontières des États-Unis a refusé, dimanche 10 septembre, l’entrée sur le territoire américain au journaliste mexicain Martin Mendez Pineda. Ce dernier avait pourtant fourni une liste détaillée des réunions et événements de haute importance auxquels il était censé assister à Washington DC cette semaine.


“Je suis en colère et déçu de ne pas avoir pu me rendre à Washington cette semaine et de ne pas avoir assisté à ces événements au côté de tous les autres participants, a déclaré Martin Mendez Pineda à RSF. J’étais impatient de partager mes expériences, d’une part en tant que journaliste au Mexique, d’autre part en tant qu’individu ayant été la cible de menaces qui ont été ignorées par les services d’immigration des Etats-Unis. J’ai perdu le seul travail que j’ai pu trouver au Mexique, où je vis caché, pour assister à ces événements. C’était pour moi l’opportunité d’évoquer les dangers auxquels sont confrontés les journalistes à travers le monde et ceux auxquels je suis directement confronté à l’heure actuelle au Mexique.”


Martin Mendez Pineda, ancien journaliste du quotidien mexicain Novedades Acapulco dans l’Etat du Guerrero, au Mexique, a tenté en vain d’obtenir l’asile politique aux Etats-Unis au printemps 2017, après avoir reçu des menaces de mort à répétition dans son pays. Le 5 février, il a déposé une demande légale à la frontière américaine mais a été immédiatement placé en détention par le service d’immigration et des douanes américain (Immigration and Customs Enforcement, ICE). Malgré sa réussite, le 1er mars, au ‘credible fear interview’ -un test mené par les autorités américaines pour s’assurer que la menace pesant sur lui au Mexique est bien réelle- ses demandes de libération conditionnelle, le temps que sa demande d’asile soit examinée, ont par deux fois été rejetées. Martin Mendez Pineda est ainsi resté en détention dans différents établissements de l’ICE pendant plus de trois mois. En raison des conditions déplorables de sa détention et de problèmes de santé, Martin Mendez Pineda a finalement décidé de retirer sa demande d’asile et de rentrer au Mexique, où il reste caché jusqu’à ce jour.


En collaboration avec le Newseum Institute et Digital Content Next, RSF avait invité Martin Mendez à participer mercredi à une table ronde consacrée aux conditions de travail des journalistes qui exercent dans des environnements menaçants. RSF avait également travaillé au côté de Carlos Spector, un avocat spécialiste de l’immigration basé à El Paso, afin de solliciter un droit d’entrée pour Martin Mendez Pineda le temps de cet événement et de plusieurs autres, dont des réunions importantes avec le Congrès américain et le département d’Etat américain ainsi qu’une table ronde au National Press Club consacrée à la situation dangereuse pour les journalistes au Mexique.


“Nous sommes attristés et, très honnêtement, révoltés que Martin n’ait pas pu être des nôtres pour les événements et les réunions que nous avions organisés pour lui cette semaine, déclare Margaux Ewen, directrice du plaidoyer et de la communication du Bureau Amérique du Nord de RSF. La situation dans laquelle se trouve Martin est atroce et il méritait sans aucun doute de pouvoir venir expliquer ce qu’il traverse à ceux qui potentiellement pourraient lui venir en aide. La population américaine mérite également de savoir ce qui lui est arrivé car cela met en lumière les agissements violents de la police et la corruption au Mexique. De l’autre côté de la frontière se trouve l’un des pays les plus meurtriers pour les journalistes. Ce qu’il s’y passe devrait concerner les Etats-Unis autant que ce qu’il se passe à l’intérieur des frontières.”


“L’exemple de Martin Mendez montre à quel point les Etats-Unis, qui étaient autrefois un modèle en matière de liberté de la presse, sont tombés de leur piédestal, a estimé pour sa part Jeffrey Balou, le président du National Press Club. Ce journaliste a tout fait dans les règles. Il a pris un avocat américain, est entré dans le pays légalement et a déposé une demande d’asile. Pourtant, et malgré le fait que les autorités aient vérifié sa sincérité, il a été traité comme un criminel par un pays qui se devait de l’accueillir. Après tout cela, lui refuser le droit de venir s’exprimer au National Press Club constitue un affront ultime. Pas seulement envers Martin, mais envers tous les journalistes. Cela prouve aussi que les services d’immigration sont gênés que des discussions de ce genre aient lieu, et ils ont de quoi.”


“Les menaces exercées contre les journalistes à travers le monde, et plus particulièrement en ce moment même au Mexique, doivent être révélées, documentées et débattues dans nos sociétés démocratique, a également estimé Gene Policinski, directeur des opérations au Newseum Institute. En refusant l’entrée sur le territoire américain pour une durée déterminée à Martin Mendez, qui subit des menaces de mort au Mexique, les autorités américaines entravent le droit de la population à être informée sur ces dangers. Elles envoient en outre un mauvais message à ceux qui harcèlent, menacent, blessent ou tuent ces courageux journalistes qui osent se dresser contre des puissants pour dire la vérité.”


Le Mexique est le pays le plus meurtrier du continent américain pour les journalistes. Plus de 100 journalistes y ont été tués depuis 2 000, et 20 ont disparu. Depuis début 2017, au moins huit journalistes ont été tués pour des raisons liées à leur travail. En raison de l’impunité qui règne dans le pays, seuls quatre de ces meurtres ont pu être confirmés par RSF comme étant directement liés au travail des victimes.


En 2017, le Mexique est classé au 147ème rang sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse publié par RSF. Les Etats-Unis sont classés au 43ème rang.