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20 juillet 2012 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Un journaliste détenu pour avoir "trompé les services de renseignements" et "inventé son enlèvement"


Le 17 juillet 2012, Idriss Gasana Byiringiro, un étudiant en journalisme et reporter au journal Chronicles, a été arrêté par la police "pour avoir trompé les services de renseignements". Les autorités lui reprochent un article paru dans le Chronicles dans lequel il aurait "fabriqué de toute pièce" une histoire d'enlèvement et de menaces à son encontre. Il est détenu au poste de Kicukiro, à Kigali, la capitale du Rwanda, et n'a pu recevoir aucune visite au cours des 72 dernières heures.

"Savoir si le journaliste a produit un travail professionnel et objectif ou s'il a menti dans son article est un autre débat. Mais si les services de renseignements rwandais contestent ce que Idriss Gasana Byiringiro a publié, n'ont-ils d'autre option que de recourir à son arrestation? La publication d'un droit de réponse dans le Chronicles, par exemple, suffirait amplement. Pourquoi une telle promptitude à enfermer ce journaliste, qui plus est en lui interdisant de voir un avocat ou sa famille?", s'est interrogée Reporters sans frontières, qui demande sa libération immédiate.

Dans une lettre ouverte mettant en cause les services de renseignements, Idriss Gasana Byiringiro s'était plaint d'avoir été enlevé et interrogé par quatre individus armés, le 15 juin 2012. Il affirmait avoir été détenu toute la nuit et interrogé sur ses sources. Il ajoutait que son ordinateur et téléphone portable avaient été confisqués.

Les semaines suivant le kidnapping, le journaliste avait assuré recevoir des messages de menaces. Suite au dépôt d'une plainte par le directeur de son journal, le journaliste devait se rendre le 17 juillet à la police afin qu'elle puisse recueillir son témoignage. Il a été arrêté à cette occasion.

Le 19 juillet 2012, coup de théâtre. Alors qu'il était détenu depuis deux jours, sans avoir pu voir sa famille, son avocat ou ses confrères, le journaliste a déclaré devant la presse avoir fabriqué son histoire d'enlèvement. "C'était mon plan. En tant qu'étudiant en journalisme, je voulais savoir s'il est possible d'enquêter au Rwanda ou s'il est vrai que le gouvernement harcèle les journalistes, tels que le prétendent les rapports internationaux", aurait-il dit, selon des propos rapportés par le New Times, un journal rwandais proche du gouvernement.

Il est difficile de prendre ces propos au sérieux étant donné que celui qui les prononce est en détention et n'a même pas pu voir un avocat. Rien ne prouve que le journaliste n'a pas été intimidé et contraint de faire cette déclaration.

Reporters sans frontières rappelle que trois autres journalistes sont actuellement détenus au Rwanda :
- Habarugira Epaphrodite est en détention provisoire depuis le 24 avril 2012. Lors de l'audience du 18 juillet dernier, le procureur a requis contre lui une peine de six ans de prison et une amende de 200 000 francs rwandais. Le verdict sera connu le 30 juillet prochain.
- Agnès Uwimana Nkusi et Saidat Mukakibibi, sont sous les verrous depuis le 8 juillet 2010.

Le Rwanda se situe à la 156e place, sur 179 pays, dans le classement 2011-2012 de la liberté de la presse publié par Reporters sans frontières. Le chef de l'Etat rwandais, Paul Kagamé
, figure dans la liste des prédateurs de la liberté de l'information établie par l'organisation.

Photo : Idriss Gasana Byiringiro (The New Times/B. Asiimwe)