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22 avril 2014 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Un journaliste de renom emprisonné et accusé d'espionnage


Reporters sans frontières demande la remise en liberté immédiate et inconditionnelle du journaliste Raouf Mirkadyrov. Le 18 avril 2014, le célèbre correspondant du journal russophone indépendant Zerkalo a été expulsé de Turquie, où il était basé depuis trois ans, et renvoyé en Azerbaïdjan. Sitôt arrivé, il a été incarcéré et accusé d'« espionnage au profit de l'Arménie ».

« En expulsant illégalement Raouf Mirkadyrov, les autorités turques se sont rendues complices de la répression menée par leurs homologues azerbaïdjanais. Les graves accusations portées contre le journaliste sont totalement absurdes et ne trompent personne : il n'est que la dernière victime en date de la campagne d'éradication des voix critiques orchestrée par Bakou. Comment le correspondant de Zerkalo aurait-il pu transmettre des secrets d'Etat auxquels il n'avait même pas accès ? » proteste Johann Bihr, responsable du bureau Europe de l'Est et Asie centrale de Reporters sans frontières.

Les autorités turques avaient privé Raouf Mirkadyrov de son accréditation le 9 avril. Sans aucune explication, le journaliste s'était vu signifier un délai de deux semaines pour quitter le territoire. Il a pourtant été arrêté le 18 avril à Ankara et expulsé en Azerbaïdjan le lendemain, sans pouvoir contester cette procédure ni même contacter un avocat. Ses proches et collègues l'ont attendu en vain à l'aéroport le 19 avril, avant d'apprendre le lendemain qu'il était en garde à vue, soupçonné d'espionnage. Le journaliste a été formellement inculpé le 21 avril sur le fondement de l'article 274 du code pénal (« haute trahison ») et placé en détention provisoire pour trois mois. Son avocat Fouad Agaev a alors enfin pu s'entretenir avec lui. Il a annoncé que le prévenu récusait toutes les accusations portées contre lui et refusait de signer une déposition.

Raouf Mirkadyrov est un journaliste expérimenté, récompensé en 2008 par le prix Gerd Bucerius pour la liberté de la presse en Europe. Collaborateur de Zerkalo depuis de longues années, il est connu pour ses positions critiques à l'égard des autorités azerbaïdjanaises, mais aussi turques et russes. Cofondateur du journal d'opposition Bizim Yol, il a également été rédacteur en chef adjoint du journal Monitor, dont le directeur Elmar Huseynov a été assassiné en 2005. C'est également un militant d'opposition, qui s'est porté candidat à un poste de député en 2005 et figure aujourd'hui au conseil politique du Parti de l'indépendance nationale de l'Azerbaïdjan. Raouf Mirkadyrov couvre depuis de longues années le conflit du Haut-Karabagh, territoire azerbaïdjanais majoritairement peuplé d’Arméniens qui a proclamé son indépendance en 1991. Il a également pris part à plusieurs projets visant à favoriser le dialogue entre les parties prenantes et la recherche d'une solution à ce conflit gelé depuis 1994.

L'un des deux Arméniens désignés par l'enquête comme les « officiers traitants » du journaliste est Laura Bagdasarian, présidente de l'ONG Region. Plusieurs ONG azerbaïdjanaises collaborent avec elle dans le cadre de projets transfrontaliers, et craignent une criminalisation par Bakou de tout contact avec la société civile arménienne. Comme l'a souligné Fouad Agaev, « l'affaire pourrait ne pas se limiter à Mirkadyrov, et d'autres hommes politiques et activistes de la société civile d'Azerbaïdjan pourraient eux aussi être persécutés ».

L'expulsion de Raouf Mirkadyrov est intervenue trois jours seulement après la visite d'Etat en Azerbaïdjan du premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan. Les deux pays, culturellement proches, entretiennent des relations étroites. Début février, un autre journaliste azerbaïdjanais, Mahir Zeynalov, avait été expulsé de Turquie après avoir rédigé des tweets jugés « insultants » à l'égard de Recep Tayyip Erdogan.

La répression à l’encontre des acteurs de l’information ne cesse de se renforcer en Azerbaïdjan, placé 160e sur 180 pays dans le classement mondial 2014 de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières. Tandis que les derniers médias indépendants sont proches de l’asphyxie, les arrestations de journalistes et de blogueurs critiques se multiplient.

(Photo: Zerkalo)