Actualités

4 septembre 2007 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Un an d'interdiction d'exercer infligé en justice à un journaliste : Reporters sans frontières dénonce une décision "indigne" et "dangereuse"


Condamné pour “injures” envers le gouverneur de la province de Salta (Nord-Ouest), le propriétaire de radio Sergio Poma a écopé d'une peine d'un an de prison avec sursis, assorti d'un an d'interdiction d'exercer. Pour Reporters sans frontières, cette privation d'activité constitue un acte de “censure”.
Reporters sans frontières proteste contre la condamnation à un an de prison avec sursis et à un an d'interdiction d'exercer prononcée, le 3 septembre 2007, à l'encontre de Sergio Poma, propriétaire de la radio FM Noticias et d'une agence de presse locale. Le journaliste a été reconnu coupable d'“injures” envers le gouverneur de Salta (Nord-Ouest), Juan Carlos Romero, dont il dénonçait les irrégularités de gestion. “La condamnation à de la prison, même avec sursis, pour un délit de presse semble déjà excessive. A supposer que Juan Carlos Romero soit dans son droit, une amende aurait suffi. L'interdiction faite à Sergio Poma d'exercer sa profession constitue une décision indigne et dangereuse. Au nom de quoi un journaliste sanctionné serait-il privé de parole ? Surtout, une telle décision, si elle était confirmée, risquerait de faire jurisprudence et d'inciter la presse à l'autocensure. Elle représente donc une entrave à la liberté de la presse. Nous demandons au COMFER, saisi du dossier, de l'invalider en attendant un éventuel jugement en appel”, a déclaré Reporters sans frontières. Juan Carlos Romero avait déposé plainte contre Sergio Poma, après des accusations de détournement de fonds formulées par ce dernier dans l'émission “Usted Opina”, diffusée sur FM Noticias. Le journaliste avait également dénoncé des irrégularités dans le financement de la campagne électorale de 2003. Juan Carlos Romero, allié politique de l'ancien président Carlos Menem, aurait reçu le soutien financier de la Fundación Argentina Solidaria dont font partie son secrétaire privé, Angel Torres, et la femme de celui-ci. Le tribunal correctionnel qui a prononcé la sentence a renvoyé l'affaire au COMFER, une instance publique de régulation de la profession de journaliste, laquelle devra statuer sur d'éventuelles sanctions supplémentaires contre Sergio Poma. Le juge a également ordonné la mention de cette condamnation dans la presse régionale. En prenant connaissance du verdict, des proches du journaliste ont insulté les magistrats et entonné des chansons contre le gouverneur. L'avocat de Sergio Poma, quant à lui, a qualifié de “censure” l'interdiction d'exercer infligée à son client. Juan Carlos Romero avait demandé que la condamnation soit “exemplaire”, afin que “le journaliste comprenne qu'il existe des limites”. C'est la deuxième fois qu'il porte plainte contre Sergio Poma pour une affaire similaire. En 2003, le journaliste avait été condamné à six mois de prison avec sursis et à payer au gouverneur vingt mille pesos (environ 4 600 euros) de dommages et intérêts pour “injures” et “calomnie”. Sergio Poma est actuellement sous le coup d'une autre plainte pour les mêmes motifs, émanant d'Angel Torres. Quelques jours avant ce jugement, le journaliste Carlos Del Frade a été menacé de prison pour avoir dénoncé, dans un article publié en août 2005 dans le mensuel El Eslabón, la fermeture injustifiée du quotidien El Ciudadano, diffusé dans la ville de Rosario (province de Santa Fe - Centre). Le propriétaire du média, Eduardo López, également président d'un club de football de première division, a porté plainte contre le journaliste pour “calomnie”, “injures” et “incitation à l'extorsion”.