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28 janvier 2002 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Un caricaturiste entendu pour un dessin critiquant l'armée


Dans une lettre adressée au ministre de l'Intérieur, Yazid Zerhouni, Reporters sans frontières (RSF) s'est inquiétée de l'audition de Ali Dilem, caricaturiste du quotidien privé Liberté, par la police judiciaire, pour un dessin critiquant la haute hiérarchie militaire. "A travers Dilem, c'est l'ensemble de la presse que l'on cherche à intimider. Cette affaire aura valeur de test", a déclaré Robert Ménard, secrétaire général de l'organisation. Selon les informations recueillies par RSF, le caricaturiste Ali Dilem a été entendu, le 25 janvier 2002, par la police judiciaire pour un dessin critiquant les militaires, publié dans le quotidien francophone Liberté. Cette audition intervient après que le ministère de la Défense a porté plainte auprès du procureur de la République du tribunal d'Alger pour ce dessin, publié le 29 novembre 2001, jugé "diffamatoire et attentatoire à la considération de hauts responsables de la hiérarchie militaire". Cette première audition pourrait donner suite à un procès. Selon Me Khaled Bourayou, l'avocat de Ali Dilem, "le motif est évidemment d'intimider Dilem, de le soumettre à un harcèlement". "Je suis convaincu que je suis sur le bon chemin parce que je dis ce que 30 millions d'Algériens pensent. S'ils veulent m'arrêter, ils devront emprisonner 30 millions de personnes", a déclaré Ali Dilem à l'agence de presse Reuters. En mai 2001, le parlement algérien avait modifié le code pénal et durci les peines et amendes pour diffamation par voie de presse. Reporters sans frontières, qui avait alors condamné ces amendements, avait estimé que ce texte ne pouvait qu'augmenter l'autocensure au sein des rédactions algériennes. Quelques mois auparavant, Mohammed Lamari, le chef d'état-major des armées, avait déclaré : "Vous avez vu et vous aurez encore à constater à travers des écrits éhontés, des caricatures et autres, des outrances et des insanités à l'égard de votre armée. L'obligation de réserve qui est la nôtre jusqu'ici ne peut nous empêcher de regretter l'usage méprisable qui est fait des libertés chèrement acquises par notre peuple."