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12 mars 2010 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Tunisie


Nom de domaine : .tn
Population : 10 486 339
Internautes : 3 600 000
Prix moyen d’une heure de connexion dans un cybercafé : entre 50 cts et 1 euro
Salaire mensuel moyen : 310 euros
Nombre de net-citoyens emprisonnés : 0 Internet, considéré comme une menace potentielle pour la stabilité et l'image du pays, est soumis à une censure pernicieuse. Un filtrage très strict, un harcèlement des opposants et une surveillance à la Big Brother, permettent de contrôler étroitement l'information. Les élections présidentielle et législatives du 25 octobre 2009 ont consacré sans surprise la victoire du président sortant Zine el-Abidine Ben Ali, et inauguré une période de répression à l'égard des opposants et des dissidents. Internet n'est pas épargné. Toute critique – online ou offline - du régime expose à des représailles. Développement sous strict contrôle Le pays continue de développer les infrastructures de communications pour attirer des investisseurs étrangers. Il a ainsi acquis une stature de leader des nouvelles technologies dans la région. Mais il n'est pas question de laisser Internet devenir un espace d'expression libre. Une politique de baisse des coûts d'accès à Internet a été menée ces dernières années, parallèlement à un contrôle strict de son contenu. La bande passante appartient à l’Agence tunisienne d’Internet (ATI), contrôlée par le gouvernement, qui impose un filtrage sévère. Des adresses URLs ainsi que des mots clés sont bloqués. Les 12 fournisseurs d'accès à Internet, privés ou publics, sont tous contrôlés indirectement ou non par le régime. Le filtrage se fait via les logiciels Smartfilter et Websense au niveau du point d'entrée du réseau. Une censure pernicieuse Les autorités prétendent ne viser que les sites à caractère pornographique ou terroriste. La censure s'applique pourtant aussi aux sites politiques d'opposition, aux sites indépendants d'informations et aux sites de défense des droits de l'homme. Parmi les sites inaccessibles : Tunisnews, Nawaat, les sites du Parti démocrate progressiste PDPinfo.org, du mouvement « Al-Nahda » (Renaissance), de Tunisonline, d’Assabilonline, de Reporters sans frontières et d'Al-Jazeera en arabe. Mais le site d'Al-Jazeera en anglais reste accessible. Les réseaux sociaux et autres sites participatifs, dont le potentiel de mobilisation effraie le régime, sont pris pour cibles quand leurs utilisateurs se montrent trop audacieux. Facebook a été bloqué en août 2008, suscitant une vague de protestation générale au sein de la société tunisienne. Le président Ben Ali est alors intervenu pour en assurer le déblocage. Il faut dire que la jeunesse l'utilise abondamment. Le Président compte lui-même plus de 120 000 fans sur sa page. En revanche, des piratages fréquents de pages Facebook de dissidents ont été constatés, ainsi que des blocages de groupes spécifiques, comme le groupe créé par des militants tunisiens pour demander la libération du journaliste indépendant Taoufik Ben Brik. Lorsqu'un internaute tente d'accéder à un site interdit, le message suivant s'affiche systématiquement : « Error 404: page not found », sans indiquer la fameuse « Error 403 : Forbidden », plus caractéristique du blocage. L'internaute ne sait donc pas si le site a été placé sur une liste noire ou s'il s'agit seulement d'une erreur technique. Cette stratégie est révélatrice de l'existence d'une censure déguisée. Surveillance généralisée Personne n'échappe à cette surveillance : ni les dissidents bien sûr, ni même les proches du pouvoir, ni les Tunisiens basés à l'étranger. L’Agence nationale de la sécurité informatique, dont le mandat est officiellement de protéger les clients des virus, se transforme en cyberpolice pour contrôler les boîtes e-mails et les sites des internautes, en premier lieu ceux des dissidents. Un arrêté ministériel oblige les fournisseurs d'accès à communiquer à l'ATI la liste de leurs abonnés. Les logiciels de filtrage utilisés permettent la surveillance et l'interception des e-mails, autorisée par la loi de 1998 relative au Code de la Poste, si ces e-mails constituent un « trouble à l'ordre public ». La censure n'offre pas un contexte favorable aux affaires. Les entreprises et les ambassades, qui ne peuvent se contenter d'un accès à l'intranet tunisien, et ont besoin d'assurer la confidentialité de leurs communications, recourent à des connexions sécurisées via satellite. Les connexions Internet privées par satellite sont en revanche interdites pour les particuliers et se font uniquement via des lignes de téléphones fixes. Afin de mieux surveiller les dissidents, les connexions sont individualisées. Un utilisateur garde la même adresse IP, qu'il se connecte de chez lui ou depuis son lieu de travail. Les boîtes e-mails sont également sous surveillance. Les cybercafés n'échappent pas à cette surveillance oppressante. Les consignes de ne pas visiter les sites interdits sont affichées sur les murs. Les gérants sont responsables des contenus visités par leurs clients, qui doivent généralement montrer leurs papiers d'identité. Le logiciel Publisoft a été imposé dans tous les cybercafés en 2009 plusieurs mois avant les élections afin d'espionner les utilisateurs et leurs comportements en ligne. Des net-citoyens emprisonnés au cours des derniers mois Les autorités ont utilisé l'arsenal législatif dont elles disposent pour réduire les voix critiques en ligne au silence et les envoyer derrière les barreaux, comme elles le font déjà avec les journalistes. Zouhaïer Makhlouf, journaliste en ligne pour le site d'informations Assabilonline, a été libéré le 12 février 2010, après avoir passé près de 4 mois en prison. Il avait été condamné à quatre mois de prison et à une amende de 6000 dinars (environ 4000 euros) pour son reportage sur les conditions environnementales dans la zone industrielle de Nabeul. La célèbre blogueuse Fatma Arabicca a été détenue quelques jours en novembre 2009. Elle est toujours sous le coup d'une enquête. Sites hackés et autres tracasseries ne découragent pas les blogueurs militants Deux blogs hébergés sur la plateforme RSFBlog ont été piratés en septembre 2009 : http://tunisiawatch.rsfblog.org, le blog de l’ancien juge et militants des droits de l’homme Mokhtar Yahiaoui et http://www.moncefmarzouki.com, le blog d’un opposant tunisien, le Dr Moncef Marzouki. Les sites d’informations tunisiens d'opposition Tunisnews et Kalima, hébergés à l'étranger, sont régulièrement victimes de hacking, sous la forme d'attaques DDoS notamment, et de suppression de contenu. Autres méthodes employées contre les dissidents : coupure de la connexion Internet, blocage de port, transmission de virus et de malware, infiltration des forums de discussion. Les e-mails en provenance de destinations « hostiles » ne s’affichent pas ou mal. Des e-mails envoyés par Reporters sans frontières ont été rendus illisibles dans le pays, ou ont disparu de boîtes e-mails. La multiplication des entraves et les punitions encourues pourraient décourager les net-citoyens. Pourtant, la blogosphère tunisienne se révèle dynamique et capable de se mobiliser pour certaines causes. Par exemple, en février 2010, autour de la campagne pour demander la libération d'étudiants tunisiens arrêtés pour avoir défendu leur droit à obtenir un logement. La censure du blog « Free Tunisian Students » – tout comme celui de Fatma Arabicca – a donné lieu à des vagues de protestations dans la blogosphère qui a, d'après Global Voices, dénoncé la censure de « Ammar les ciseaux », le surnom donné à l'appareil de censure tunisien. Liens :
http://www.kalimatunisie.com : site du journal en ligne kalima, critique du gouvernement. (français et arabe)
http://tn-blogs.com/ : agrégateur de blogs tunisiens (français et arabe)
http://tunisiawatch.rsfblog.org/ : "pour une Tunisie libre et démocratique", site censuré en Tunisie
https://www.sesawe.net/ (anglais) : pour en savoir plus sur les “connexionx individualisées”.