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3 février 2010 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Trop de fréquences pour un seul homme : les “cadenas” devraient se limiter à une chaîne


Le onzième anniversaire de l’entrée en fonctions du président Hugo Chávez, le 2 février 2010, a coïncidé avec sa 2000e “cadena”. Ce procédé, entériné dans la loi de responsabilité sociale en radio et télévision (Loi Resorte) de 2004, aménage officiellement un espace de diffusion pour les annonces du gouvernement ou d’organismes publics. Dans les faits, il permet au chef de l’État de réquisitionner pour ses discours fleuves l’ensemble des médias audiovisuels sur les ondes hertziennes et maintenant une partie du câble. Les médias concernés doivent se connecter à l’antenne de Venezolana de Televisión (VTV - la principale chaîne d’État), sous peine de forte amende ou de suspension. En 2000 “cadenas” Hugo Chávez aura parlé l’équivalent de presque deux mois pleins sans interruption. Ce chiffre n’inclut pas le programme “Aló Presidente”, que le chef de l’État anime lui-même sur VTV chaque dimanche. Le nouvel épisode du conflit entre RCTV Internacional (RCTVI) et le gouvernement souligne en définitive le problème posé par l’usage des “cadenas”. A quel titre vouloir les imposer à autant de médias quand un seul suffirait ? A fortiori quand le président, déjà animateur de son propre programme dominical, peut décider d’une “cadena” au moment qu’il souhaite et sans limitation de durée ? Ainsi employées, les “cadenas” portent atteinte à la liberté de programmation des médias, et prétendent faire du discours du chef de l’État une parole obligée. Elles contreviennent au débat pluraliste et à la liberté de choix du citoyen spectateur ou auditeur. Une personnalité publique doit accepter de s’exposer à la critique et à la caricature. S’il est vrai que certains médias privés sont sortis de leur rôle en soutenant le coup d’État contre Hugo Chávez en avril 2002, ce précédent sert aujourd’hui d’argument à une mise en coupe réglée du paysage audiovisuel, via les “cadenas”. Il autorise l’accusation systématique vis-à-vis d’une presse opposée du pouvoir, la confusion malhonnête entre “l’erreur” et “le mensonge”, l’assimilation de toute critique envers le gouvernement à du “complot contre l’État.” Ainsi, le 29 janvier, la ministre de la Communication et de l’Information, Blanca Eeckhout, a accusé le quotidien Tal Cual de dissimuler derrière l’humour des “appels à la violence”. Visé : le chroniqueur Laureano Márquez, dont une précédente satire avait provoqué la colère de la présidence et coûté au journal plusieurs amendes d’un montant total de 50 000 dollars. Des accusations similaires ont été portées contre Miguel Ángel Rodríguez, de RCTVI, au moment de l’exclusion de la chaîne du réseau câblée. Ce climat de polarisation a nourri de récentes manifestations d’étudiants, au cours desquelles deux d’entre eux ont été tués et au moins cinq journalistes blessés ou agressés. (Photo : AFP)