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12 mai 2014 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Trois cyberactivistes condamnés à des peines de prison


Reporters sans frontières dénonce les peines de prison prononcées contre trois cyberactivistes saoudiens les 6 et 7 mai 2014. Le 7 mai 2014, le blogueur et militant des droits de l’homme saoudien, Raef Badawi, a été condamné à dix ans de prison ferme, 1 000 coups de fouet ainsi qu’une amende d’un million de rial saoudiens (environ 200 000 euros), par la cour pénale de Jeddah pour “insulte à l’islam”. “La sévérité du jugement est choquante. Nous exhortons les autorités saoudiennes à libérer Raef Badawi et revenir sur sa condamnation”, déclare Lucie Morillon, directrice de la recherche à RSF. “Le cas de Raef Badaoui est emblématique de la situation de la liberté d’expression et d’information en Arabie saoudite. Les autorités doivent cesser d’exercer des pressions contre ceux qui osent relayer des opinions et des informations différentes de celles autorisées et mettre un terme à l’utilisation systématique de motifs religieux pour bâillonner toute opposition politique”. Le cyberactiviste est co-fondateur du site Internet Liberal Saudi Network, un réseau de discussion en ligne dont l’objectif était d’encourager les débats politiques et sociaux en Arabie saoudite. Arrêté le 17 juin 2012 et détenu depuis lors à la prison de Briman à Jeddah, il est accusé d’avoir violé l’article 6 de la loi anti-cybercriminalité qui stipule que “toute personne qui participe à la production, la préparation, l’émission ou le stockage d’élements allant à l’encontre de l’ordre public, des valeurs religieuses, des morales publiques et de la vie privée, par le biais des réseaux de l’information ou des ordinateurs (...) est passible à une peine d’emprisonnement, amende ou autre forme de punition”. Raef Badawi avait été condamné en première instance, en juillet 2013, à sept ans de prison et 600 coups de fouet pour avoir violé les valeurs islamiques et propagé des idées libérales. Le procureur avait alors requis une peine plus lourde à son encontre pour “apostasie”, crime pour lequel la loi saoudienne prévoit la peine de mort. Les autorités saoudiennes ont depuis fermé le site Internet en question. Dans une déclaration faite à l’Agence France-Presse, Mme Souad Chammari, présidente du Liberal Saudi Network, affirme que Raef Badawi est accusé d’avoir “critiqué la police religieuse” et “certains agissements et fatwas d’ulémas”, notamment des figures religieuses du Comité pour le commandement de la vertu et la répression du vice, une instance gouvernementale dont dépend la police religieuse. Elle précise par ailleurs que "ce sont des religieux, et non le gouvernement" qui ont porté plainte contre Raef Badawi. Pour l’ONG Arabic Network for Human Rights Information, cette condamnation en appel de Raef Badawi “constitue un coup porté à la liberté d’expression de même que la liberté d’information en ligne. Cela prouve encore une fois l’adoption par le régime saoudien d’un système qui utilise des charges concernant l’islam dans le but de se débarrasser de ses opposants politiques”. Ironie du sort, l’avocat et défenseur des droits de l’homme Waleed Abu Al-Khair, qui a entre autres défendu Raef Badawi, a été arrêté le 15 avril 2014. Il est détenu à la prison Al-Ha’ir de Riyadh, en attente de son jugement prévu le 28 mai 2014. Par ailleurs, deux blogueurs saoudiens du gouvernorat d’Al-Qatif (à l’est du royaume) ont été condamnés, le 6 mai 2014, sur la base des articles 6 et 13 de la loi relative à la lutte contre la cyber-criminalité pour avoir créé des sites Internet. Sheikh Jalal Mohamed Al-Jamal, qui avait été arrêté le 25 février 2012 et relâché le 5 mai 2013, a été condamné en appel à cinq ans de prison ferme et une amende de 50 000 riyals (environ 10 000 euros). Il est accusé entre autres d’avoir créé un site Internet (awamia.net) qui - pour les autorités - porte “atteinte à l’Etat saoudien”. Ali Jaseb Al-Touhifah, détenu depuis le 1er août 2012, a également été condamné à six années de prison et 50 000 riyals saoudiens.