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2 août 2009 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Trente-quatre médias audiovisuels sacrifiés par caprice gouvernemental


Reporters sans frontières proteste avec vigueur contre la fermeture massive de médias audiovisuels privés, officiellement pour "raisons administratives". Treize stations de radio, sur un total de trente-quatre médias dont la fermeture a été décidée par le gouvernement, ont d’ores et déjà dû suspendre leurs émissions le 1er août 2009. "Dans n'importe quel Etat de droit, un média soupçonné d'utiliser irrégulièrement une fréquence aurait été averti au préalable de la procédure engagée contre lui. Ses représentants auraient eu la possibilité de plaider leur cause ou de former un recours. Est-il encore permis d'émettre publiquement la moindre critique envers le gouvernement bolivarien ? Cette fermeture massive de médias réputés d'opposition, dangereuse pour l'avenir du débat démocratique, n'obéit qu'à la volonté gouvernementale de faire taire les voix discordantes, et ne fera qu'aggraver les divisions au sein de la société vénézuélienne", a déclaré Reporters sans frontières. Le 1er août, le gouvernement a retiré leur concession de fréquence à trente-quatre stations de radio et chaînes de télévision et a fait savoir que 200 autres étaient menacées de subir le même sort. Selon le ministre de tutelle de la Commission nationale des Télécommunications (Conatel), Diosdado Cabello, cette mesure s'explique par des raisons technico-administratives, les propriétaires des médias concernés n'ayant pas pu prouver qu'ils étaient bien les titulaires des licences de diffusion. Cette mesure a entraîné des mouvements de protestation. "Nous assistons au plus important dispositif de restrictions à la liberté d'expression jamais mis en place au Venezuela, sans précédent en période de démocratie", a déclaré Carlos Correa, directeur de l'organisation de défense de la liberté d'expression Espacio Publico. La fermeture de ces médias intervient au moment où le gouvernement d'Hugo Chavez a annoncé vouloir "démocratiser" le secteur des médias. Le 30 juillet, le procureur général de la République, Luisa Ortega Diaz, a présenté devant l'Assemblée nationale un projet de loi prévoyant de punir sévèrement les auteurs de "délits médiatiques". "Il est nécessaire que l'Etat vénézuélien régule la liberté d'expression, a-t-elle déclaré. Je réclame qu'une limite soit posée à ce droit". Le projet de loi prévoit désormais des peines de prison pour des délits que la Loi de responsabilité sociale en radio et télévision (Loi Resorte) de 2004 sanctionnait déjà d’amendes et de suspensions d’antenne. Elle en instaure également de nouveaux. Ainsi, la divulgation d'une information jugée "fausse", "manipulée" ou "déformée", tout comme les informations qui portent un "préjudice aux intérêts de l'Etat" ou constituent une atteinte à la "morale publique" et la "santé mentale", seront considérées comme un délit médiatique pouvant entraîner une peine maximale de quatre ans de prison ferme. Le projet de loi prévoit également de sanctionner "le refus de révéler une information" et le fait "d'omettre volontairement de diffuser une information", remettant ainsi en cause le droit à la protection des sources journalistiques. Ces deux délits sont passibles de six mois à quatre ans de prison. Les médias touchés par la mesure de fermeture sont :
A Caracas : CNB 102.3 FM.
A Amazonas : 1130 AM, propriété de Erasmo Núñez, et 107.5 FM Órbita, de Abel Cermeño.
A Anzoátegui : la 970 AM, de Barcelona, appartenant à José Bringa.
A Bolívar (Upata) : Canal 7 TV, de José David Natera.
A Ciudad Bolívar : 96.9 FM, propriété de Ramón Rafael Castro Mata.
A Carabobo, Valencia : 100.1 FM, Nelson Belfort Yivirin.
A Puerto Cabello : 98.3 FM, de Pedro Ezequiel Listuit.
Delta Amacuro-Tucupita : 1270 AM, de Sócrates Hernández.
A Falcón Punto Fijo : CNB 100.1 de Nelson Belfort Yivirin, et 96.1 FM, de Ramón Jesús Méndez.
A Guárico : 99.1 FM, de Bernando José Donaire.
A Mérida : 106.3 FM de Rubén Antonio Chirinos.
A Miranda : 1520 AM, de Guillermo Obel Mejías ; Emisora FM, de Guillermo Obel Mejías ; la 1550 AM, de monseñor Bernardo Heredia ; 97.1 FM, monseñor Bernardo Heredia ; 92.1 FM, Gabriel Robinson, Charallave ; 1230 AM, Radio Barlovento (Caucagua) ; 96.9 FM, de Carlos Herci, basée à El Hatillo.
A Nueva Esparta (Porlamar) : la 99.1 FM, de Arturo Gil Escala ; 92.9 FM, Ramón Borra Gómez, et 1140 AM, appartenant à la famille de Pedro Sosa Guzmán.
A Portuguesa (Acarigua) : 1170 AM, appartenant à Ramón Ramírez Meléndez.
A Sucre : 103.3 FM et 600 AM, ambas de Luis Salazar Núñez. A Táchira : la 730 AM, de Modesto Marchena et la 94.5 FM, de Arturo Álvarez Leal.
Vargas Canal 26 UHF de Catia La Mar et 106.9 FM, appartenant à Alcides Delgado.
Dans l'Etat de Zulia : 105.1 FM, de Guido Briceño ; 102.1 FM, de Luis Guillermo Gouvea ; 1430 AM, appartenant à Ciro Ávila Moreno (Ciudad Ojeda) ; 1300 AM, propriété de Moisés Portillo (Santa Cruz de Mar). Photo : AFP/Yuri Cortez