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13 décembre 2019 - Mis à jour le 16 décembre 2019

Tir d’un policier sur un journaliste en RCA : RSF demande des sanctions exemplaires

A FACA (Central African armed forces) recruit holds an AK-47s assault rifle during a shooting session at the Camp Leclerc base in Bouar. 2019. FLORENT VERGNES / AFP
Reporters sans frontières (RSF) appellent les autorités centrafricaines à ne pas laisser impunie l’agression par balle d’un journaliste par un élément des forces de sécurité en marge de la fête nationale dans l’ouest de la République centrafricaine (RCA).


Bruno Makilo, journaliste pour Radio Maigaro, l’une des deux stations de Bouar dans l’ouest de la RCA, n’a pas assisté à la fin de la cérémonie du dépôt de gerbe devant le monument aux morts samedi 30 novembre, veille de la fête nationale. En fin d’après-midi, le reporter demande à un groupe d’hommes de ne pas faire de bruit pendant la diffusion de l’hymne national. Une altercation éclate. Un policier en faction, en charge de la sécurité de la cérémonie, tire par deux fois en l’air avant d’ouvrir le feu sur la jambe du journaliste selon plusieurs témoins interrogés par RSF et le certificat médical consulté par notre organisation. 


Le policier a été arrêté mais il n’a toujours pas été inculpé selon l’avocat du journaliste. 


Joint par RSF, le ministre de la Communication, des Médias et porte-parole du gouvernement Ange Maxime Kazagui a simplement indiqué “se tenir informé” de cette situation.


“Ouvrir le feu sur un journaliste dans l’exercice de ses fonctions est un acte grave qui ne peut pas rester impuni, estime Arnaud Froger, responsable du bureau Afrique de RSF. Nous demandons aux autorités de s’assurer que ce policier soit dûment sanctionné et jugé pour les faits qu’il a commis. Si l'impunité prévaut souvent pour les crimes contre les journalistes, les autorités de la RCA n’ont cette fois aucune raison de ne pas prendre les mesures disciplinaires et judiciaires appropriées.”


Dans un communiqué, le réseau des médias communautaires de Centrafrique (RMCC) a condamné un acte “ignoble et indigne de la part de ceux qui sont censés protéger la population”. Plusieurs organisations de journalistes dont le RMCC se sont constituées parties civiles.


L’exercice du journalisme reste périlleux en RCA. Le 30 juillet 2018, Orhan Djemal, Kirill Radtchenko et Alexandre Rasstorgouïev, trois journalistes russes qui enquêtait sur la présence de mercenaires de leur pays en Centrafrique ont été assassinés. Face aux zones d’ombre entourant ce triple assassinat, RSF continue à demander l’ouverture d’une enquête internationale
indépendante.

Au plus fort de la crise en 2014, plusieurs journalistes centrafricains, Elisabeth Blanche Olofio, Désiré Luc Sayenga et René Padou, ont perdu la vie dans l'exercice de leur fonction sans que les circonstances précises de leur mort n'aient été établies.

Notre organisation demande également aux autorités centrafricaines, à la France et à la mission des Nationes unies en Centrafrique (Minusca) de tout mettre en oeuvre pour qu’une reconstitution des faits et une enquête de voisinage puissent avoir lieu dans la région de Bouar où a été tuée par balles la photoreporter française Camille Lepage il y a plus de 5 ans.


La RCA a perdu 33 places et figure désormais en 145e position au Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2019.