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3 juin 2014 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Tiananmen: 25 ans après, un massacre toujours tabou


Reporters sans frontières dénonce les nombreuses violations de la liberté de l’information perpétrées à l’approche des commémorations des 25 ans du massacre de Tiananmen. Plusieurs journalistes chinois ont été arrêtés et la censure se poursuit sur les réseaux sociaux et l’Internet. Depuis le 1er juin, Google est partiellement bloqué, rendant inaccessibles tous les services de l’entreprise, de Gmail à Picasa.

Les acteurs de l’information, journalistes et blogueurs font face à des pressions des autorités qui s’intensifient à mesure que la date de la commémoration de Tianamen approche”, déclare Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters sans frontières.
"Nous appelons les autorités à prendre leurs responsabilités en les libérant et en levant le tabou qui pèse toujours sur cette répression sanglante. La population chinoise a le droit d’accéder à la vérité qui lui est cachée depuis 25 ans”, ajoute-t-il.

Journalistes arrêtés

Les arrestations les plus récentes, à notre connaissance, sont celles de deux journalistes hongkongais, Wang Jianmin et Guo Zhongxiao, le 30 mai. Anciens rédacteurs en chef d’Asia Week (Yazhou Zhoukan), ils sont accusés de “publication illégale”, selon le bureau de la Sécurité publique de Shenzhen.

Gao Yu, journaliste récompensée par la première édition du prix Guillermo Cano de l’Unesco en 1997, a, de son côté, disparu le 23 avril 2014. Elle est réapparue, visage flouté et entourée de policiers, le 8 mai sur la chaîne d’information CCTV 13, reconnaissant avoir “nui aux intérêts de l’Etat”. Quant à Vivian Wu (Wu Wei), ex-rédactrice du South China Morning Post, elle n’a plus donné de nouvelles depuis au moins le 15 mai.

Xin Jian, correspondante et assistante pour le journal japonais Nihon Keizai Shimbun, a pour sa part été emmenée de son domicile le 13 mai, officiellement pour être interrogée dans le cadre de l’enquête contre l’avocat des droits de l’Homme Pu Zhiqiang, lui-même arrêté le 3 mai alors qu’il participait à une réunion sur la commémoration de Tiananmen. Sa famille a reçu le 26 mai une notification de détention, indiquant qu’elle était accusée d’avoir “cherché des querelles et provoqué des troubles”.

Les autorités s’en prennent également aux contributeurs et reporters travaillant pour des sites d’information interdits en Chine. Le 3 mai 2014, Xiang Nanfu était arrêté, accusé d’avoir “diffusé des informations fabriquées” qui auraient “sérieusement endommagé” l’image de la Chine. Ses aveux ont également été diffusés sur la chaîne d’information CCTV 13. Xiang Nanfu était un contributeur régulier du site d’information Boxun, basé aux Etats-Unis, et censuré en Chine pour publier régulièrement des informations sur des sujets sensibles.

Google bloqué

L’opération de répression se poursuit également sur les réseaux sociaux et l’Internet. A l’approche des commémorations, des perturbations sont apparues dans l’accès aux services de Google. Selon l’organisation Greatfire qui recense les actes de censure du gouvernement chinois, “90% de l’accès à Google est bloqué”. Les services comme Gmail ou Picasa, et les sites google.com ou google.com.hk sont inaccessibles depuis Pékin, Shenzhen, et les provinces de la Mongolie intérieure, du Yunnan et du Heilongjiang, tandis que dans les autres régions, l’accès à Google est rendu très difficile.

Le dernier blocage répertorié de Google en 2012 était complet. Il avait duré 12 heures. Aujourd’hui, 90% du service est bloqué, “les utilisateurs peuvent donc penser qu’il s’agit soit d’un problème avec Google, soit avec leur ordinateur, alors qu’il s’agit de censure” analyse Charlie Smith, fondateur de Greatfire.org (“This time, only about 90 per per cent of access to Google is blocked. Users think it is a problem with Google or their computer, when instead it's censorship.")

Les termes 25年 (25 ans), “25 years”, “25years”, “二十五年” (25 ans), “广场” (place), et tous ceux qui peuvent se rapporter aux événements de Tiananmen sont également censurés et bloqués. Les commentaires postés sur des sites de microblogging sont aussi la cible de vastes opérations de censure. Un professeur de l’Université de Pékin a vu son compte Weibo bloqué après avoir répondu à un internaute qu’il n’y avait pas eu d’émeutes en 1989, mais des manifestations pacifiques réprimées dans le sang.

La Chine se positionne à la 175e place sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2014 établi par Reporters sans frontières.

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