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3 juin 2013 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Tian'anmen 1989 : le plus grand tabou d’une longue liste


Actualisation : Détentions abusives RSF condamne l’arrestation de net-citoyens en marge du 4 juin “Le régime de Pékin doit mettre un terme immédiat et définitif à la censure, au blocage de l’accès à l’information, et à la répression qui sévissent chaque année à l’approche de la date anniversaire des évènements de Tian’anmen. Nous exigeons la libération immédiate et inconditionnelle de tous les acteurs de l’information détenus pour avoir évoqué le triste anniversaire du 4 juin, et l'arrêt des poursuites judiciaires lancées à leur encontre”, a déclaré Reporters sans frontières. Le 4 juin 2013 à Pékin, des officiers de police ont empêché des journalistes de l’AFP d’accéder au rassemblement des “Mères de Tian’anmen”, ordonnant également au cameraman de cesser de filmer. Le net-citoyen Gu Yinmin a été, quant à lui, arrêté le 1er juin 2013, par les autorités de la province de Jiangsu (est). Il est depuis lors placé en “détention criminelle” pour avoir refusé de supprimer une photographie du mouvement démocratique de 1989, qu’il avait postée sur son compte QQ. Qiu Hua et Yang Ting Jian purgent actuellement une peine de détention administrative de quinze jours à Guangzhou pour avoir tenté d’organiser un événement commémoratif sur Internet, en hommage aux victimes de la répression du 4 juin 1989 (“六四找手机”). -------------------------------------------------------------------------------------------- 03.06.2013 Tian'anmen 1989 : le plus grand tabou d’une longue liste A l’approche du 4 juin 2013, qui marque le triste anniversaire de la sanglante répression du mouvement démocratique, en juin 1989, Reporters sans frontières réitère son appel à la libération des journalistes, blogueurs et militants de la liberté d’expression, et en particulier ceux qui ont été emprisonnés pour avoir participé ou évoqué le mouvement démocratique de 1989, à la possibilité pour la presse et les internautes chinois de rendre compte de tous les événements, y compris de ceux qui ont profondément marqué les mois de mai et juin 1989. L'organisation appelle à la fin de la censure tous azimuts et au démantèlement du système informatique de censure et de contrôle de l'information couramment appelé "grande muraille électronique". “La Chine demeure l'un des pays au monde les plus répressifs contre ceux qui défendent la liberté de l'information et d'expression. Si les commémorations du 4 juin 1989 organisées dans de nombreuses capitales du monde constituent un devoir de mémoire et permettent de rendre hommage aux victimes des événements, elle contribuent aussi à diffuser des informations sur ce qui est probablement un des plus grands tabous pour le régime de Pékin. Les conséquences de l'absence d'information résultant de la censure et de la désinformation au sujet de Tian'anmen que ce dernier impose à la population depuis presque vingt-cinq ans, continuent de se faire sentir jusqu’à aujourd’hui. Une grande majorité de jeunes Chinois ne connaissent toujours pas l’existence de cet épisode, tant le black-out a été maintenu”, a déclaré Reporters sans frontières. “Les événements de Tian'anmen sont très loin d'être un cas isolé illustrant une époque révolue. La censure instaurée après le “Printemps de Pékin” ne s’est jamais desserrée. Les autorités considèrent la désinformation et la censure quotidiennes comme des moyens efficaces de contrôle de la population et de l'image internationale de la Chine, quelles qu’en soient les conséquences pour les citoyens du pays. N’importe quelle information jugée ‘sensible’ par les autorités peut faire l’objet de censure”, a ajouté l’organisation. Les directives de censure ne se limitent pas à la presse mais touchent également le système éducatif universitaire. Un professeur de droit chinois, Zhang Xuezhong, a récemment révélé sur son site Internet que le gouvernement chinois avait interdit aux professeurs d'université de traiter les sept sujets suivant : les valeurs universelles, les droits des citoyens, la société civile, l'indépendance judiciaire, la liberté de la presse, la classe capitaliste privilégiée et les erreurs passées du parti communiste. Afin d’illustrer la censure qui s’abat quotidiennement sur la presse chinoise, Reporters sans frontières publie ici les dernières directives émanant des différents bureaux chargés du contrôle de l’information et de la presse à l’intention des journalistes et des entreprises chinoises du Net : 1. Les médias ne doivent pas insister sur l’agression qui s’est déroulée sur un campus. Les médias doivent se concentrer sur les mesures prises par les comités du Parti et du gouvernement pour prévenir des futurs incidents similaires - Comité central de la propagande. 2. Concernant la conférence internationale de Tokyo sur l’Afrique, aucune couverture - Bureau d’information du Conseil d’Etat. 3. Concernant les corvettes américaines entrés en mer du Sud, aucune couverture - Bureau d’information du Conseil d’Etat. 4. A propos des affrontements qui ont eu lieu entre les forces de l’ordre et des groupes de commerçants de camphre à Dongguan et de la fuite de goudron à Si Hui, tous les communiqués doivent se conformer aux informations données par les départements compétents. Ils ne peuvent pas conduire d’interviews de leur propre chef. - Guangdong 5. Interdiction de diffuser des informations sur les auditions publiques concernant l’augmentation du prix des taxis à Pékin - par le Bureau du réseau de Pékin 6. Afin de prévenir toutes tensions néfastes, suivre à la lettre le rapport de la centrale électrique côtière de Shenzhen - par le Département de la publicité de Shenzhen 7. Bloquer le compte de micro-blogging de Zhang Xue Zhong - par le Bureau d’information du Conseil d’Etat 8. Interdiction de couverture médiatique au sujet de l’étudiant de l’Université agricole de Huanan retrouvé pendu. Obligation de se référer au communiqué de presse de la police - Par le ministère de la propagande de Guangzhou 9. Interdiction d’évoquer et de commenter le programme de la centrale électrique côtière de Shenzhen et des sujets afférents, ainsi que le déplacement du cimetière de résistants japonais dans le Guangzhou 10. Interdiction de parler du repas du vice-directeur du bureau provincial du Parti, Yu Laishan, et de son dîner à 170 000 yuans - département de la propagande du Guangdong 11. Supprimer minutieusement toute publication au sujet de Xu Zhiyong - Département central de la propagande 12. Interdiction de publier tout rapport ou communiqué sur la conférence de presse et les autres activités organisées par le corps militaire de Gu Chu - Bureau d’information du Conseil d’Etat 13. Interdiction de commenter le siège des officiels du gouvernement par les villageois de Dongxia, dans le district de Hui'an - Département de la propagande du Fujian 14. Les opérations de “nettoyage d’Internet” vont se poursuivre jusqu’au mois de juin. Le niveau de gestion des affaires clés sera monté d’un niveau, et la précision des enregistrements de sites augmentée. En faire des taches prioritaires. Reporters sans frontières participera aux événements organisés cette année par le mouvement démocratique chinois en exil à Paris. La projection de deux films inédits en France, “When Night Falls” de Ying Liang et le documentaire “Colères chinoises” de la journaliste Anne Loussouarn succéderont à un rassemblement au coeur de la capitale. Cette année, l'écrivain en exil Liao Yiwu, le Literaturfestival Berlin International, et un groupe d'éminents auteurs internationaux lancent un appel commun pour une lecture internationale, le 4 juin, en soutien à l'écrivain condamné en novembre 2012 à 12 ans d'emprisonnement, Li Bifeng. L'appel invite les universités, les stations de radio et de télévision, les théâtres et autres institutions culturelles d’organiser des lectures des œuvres de Li Bifeng, ou des travaux liés au sort de Li Bifeng, à l'instar des ouvrages de Liao Yiwu, censurés en Chine. La Chine, qui fait partie des “Ennemis d’Internet”, se classe au 173ème rang sur 179 au classement mondial 2013 de la liberté de la presse établi par l’organisation. Le pays est également mentionné au sein du Rapport spécial surveillance 2013, “Les Ennemis d’Internet” - Chine. Photo : BRUNO BARBIER / ONLY WORLD / ONLY FRANCE