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28 février 2012 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Témoin gênant d’abus policiers, un documentariste quitte temporairement sa région


Journaliste communautaire et documentariste, Bladimir Sánchez Espitia a dû se résoudre à quitter temporairement le département du Huila (Sud-Ouest) après avoir publié, le 20 février 2012, une vidéo attestant de la très brutale répression policière envers des villageois de la municipalité de Gigante, mobilisés contre des projets industriels dangereux pour l’environnement. Ces opérations de délogement ont eu lieu au cours des journées du 14 et 15 février. Dans le département voisin du Meta, une situation similaire a donné lieu, le 27 février, à des violences policières contre des journalistes présents. Victime de menaces de mort, accusé d’“agir contre les forces de l’ordre” et d’être “payé par la guérilla” des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), traditionnellement présentes dans la région, Bladimir Sánchez s’est mis à l’abri ce 28 février. “A titre temporaire”, a-t-il précisé à Reporters sans frontières. Réputé pour sa vie politique instable, ponctuée d’assassinats et de destitutions d’élus, le territoire de Gigante compte également avec une forte présence paramilitaire, source de redoutables représailles pour tous ceux qui font œuvre d’informer sur des thèmes sensibles comme ce présent conflit environnemental. “Les précédents chilien avec l’affaire HydroAysén, panaméen avec le crise minière, ou encore brésilien lors de la récente évacuation du Pinheirinho dans l’État de São Paulo soulignent, parmi d’autres, le danger encouru par des journalistes et autres témoins de ce type d’événements. Le risque est évidemment amplifié en zone de guerre colombienne, où certaines compagnies industrielles étrangères n’ont pas hésité à s’imposer en s’appuyant sur la terreur paramilitaire, comme l’a révélé, en 2007, le scandale Chiquita Brands”, a rappelé Reporters sans frontières. “Une protection conséquente doit être accordée à Bladimir Sánchez, dans la perspective de son retour dans le Huila. L’exil d’un journaliste est toujours une défaite pour la liberté d’informer. En l’occurrence, aussi, pour une information d’intérêt public majeur”, a conclu l’organisation. Bladimir Sánchez couvre, depuis 2008, la mobilisation des communautés locales de Gigante face aux compagnies énergétiques ou pétrolières. La vidéo à l’origine des menaces porte sur l’implantation du complexe hydroélectrique “El Quimbo” par l’entreprise Emgesa, filiale de multinationale hispano-chilienne Endesa. Située à la 143e place sur 179 pays dans le dernier classement mondial de la liberté de la presse publié par Reporters sans frontières, la Colombie reste l’un des pays les plus dangereux du continent pour les journalistes. Lire également le rapport.