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12 mars 2010 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Sri Lanka


Au lendemain de la victoire militaire contre les Tigres tamouls et de l'élections présidentielle tenue dans un contexte de propagande et d'intimidations, le Sri Lanka se réveille avec un gouvernement visiblement décidé à renforcer le contrôle de l'information sur Internet. Malgré la fin de la sanglante guerre civile qui a marqué le pays depuis des décennies, la répression des voix dissidentes a continué. Avec le risque qu'elle ne devienne chose courante. Des sites d'informations indépendants bloqués à quelques heures des résultats du scrutin présidentiel. Alors que jusqu'ici, le blocage se limitait principalement aux sites favorables aux Tigres tamouls, les sites indépendants Lankaenews, Lankanewsweb, Infolanka et Sri Lanka Guardian ont été rendus inaccessibles dans l'île par le principal fournisseur d’accès public, Sri Lanka Telecom (SLT), le 26 février 2010. La libre circulation de l’information lors d’élections est pourtant l’une des rares garanties contre des fraudes massives. Cette censure a traduit la nervosité et les tentatives de manipulation du gouvernement. Les bureaux de Lankaenews ont été encerclés par la police et son directeur menacé de mort à la fin du mois de janvier. Le site du journal avait déjà été temporairement bloqué en juillet 2009 après avoir couvert des incidents qui se sont produits dans les camps de civils déplacés au cours des offensives militaires. Un journaliste en ligne disparu et des net-citoyens menacés L'analyste politique et caricaturiste Prageeth Eknaligoda, journaliste pour le site d'informations Lankaenews, est porté disparu depuis le 24 janvier au soir. Il avait affirmé à un ami proche qu’il avait l’impression d’être suivi depuis quelques jours. L'un de ses collègues, joint par Reporters sans frontières, a confirmé qu'il était menacé en raison de ses analyses politiques. Juste avant les élections, il avait marqué sa préférence pour le candidat de l'opposition, le général Fonseka. Les journalistes sri-lankais se souviennent de l’expérience traumatisante du site TamilNet, dont le directeur avait été enlevé puis assassiné à Colombo en 2005. Le site avait ensuite été bloqué. Les meurtriers courent toujours. Vigilance de la communauté internationale Le Sri Lanka sera cet été retiré temporairement de la liste des pays bénéficiaires du GSP+, un traitement qui accorde des tarifs préférentiels au sein de l'Union européenne à certains pays en voie de développement engagés dans le développement durable et la bonne gouvernance. Et ce en attente d'une amélioration de la situation des droits de l'homme et notamment de la liberté d'expression. L'hebdomadaire Sunday Times a révélé dans son édition du 14 février que des experts chinois se rendront au Sri Lanka en mars 2010 pour conseiller les autorités sur la mise en place d'une censure d'Internet destinée à « bloquer des sites jugés offensifs ». Toujours selon le quotidien, la Commission de régulation des télécommunications introduira un projet de loi destiné à obliger les sites Internet à s’enregistrer. Des mesures de contrôle du moteur de recherche Google seraient également mises en place. Le site d'informations Lanka News Web précise, le 17 février, que le Président aurait demandé au président de la Commission de régulation d’attendre la fin des élections générales pour mettre en place un filtrage du Net. Les sites dont la fréquentation dépasse 200 000 visiteurs par jour devraient s'enregistrer auprès du ministère de l’Information. Or le programme de développement des télécommunications est financé par la Banque mondiale, via le Fonds pour le Développement Institutionnel. La Banque mondiale a réagi rapidement, le 15 février, en expliquant que la subvention accordée ne prévoit « en aucun cas la mise en place d'un programme de censure du Net ». Et que « la Banque n'approuverait pas un tel programme ». Les élections parlementaires du mois d’avril constitueront le prochain test pour la liberté d'expression dans le pays. La communauté internationale se doit de rester vigilante afin que le Sri Lanka ne sombre pas dans la tentation du contrôle permanent de l'information, notamment en ligne.