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12 mars 2020 - Mis à jour le 19 mars 2020

Si la Chine estime vraiment la surveillance du net "contraire aux droits humains", qu’elle commence par cesser d’espionner les journalistes

PHOTO AFP
Au Conseil des droits de l’Homme de l’ONU, une haute fonctionnaire chinoise a récemment qualifié la surveillance électronique de « contraire aux droits humains ». Un discours hypocrite, voire provocateur, étant donné la surveillance massive des journalistes et de leurs sources en Chine.

Selon l’agence de propagande Chine Nouvelle, la représentante spéciale de la Chine au Conseil des droits de l'homme des Nations Unies, Liu Hua, a déclaré le 5 mars dernier que la surveillance électronique était une « violation des droits humains », en particulier de la « vie privée » et la « liberté d'expression ». Cette déclaration sidérante au vu des pratiques chinoises intervenait quelques jours seulement après la révélation par une entreprise chinoise de sécurité informatique d’une campagne de surveillance électronique menée par la CIA contre des intérêts chinois durant plus de 11 ans.


Reporters sans frontières (RSF) dénonce l’hypocrisie voire le caractère provocateur de ces propos, sachant que les autorités chinoises se livrent sans retenue à la surveillance des journalistes et de leurs sources aussi bien à l’intérieur de leurs frontières qu’ailleurs dans le monde.


« Le régime de Pékin fait mine de s’intéresser aux droits humains, mais qui peut croire à cette fable ?, s’indigne Cédric Alviani, directeur du bureau de l'Asie de l'Est de Reporters sans frontières (RSF). La politique de surveillance de l’Internet mise en place par Pékin représente une grave menace pour les journalistes et leurs sources. »


La Chine est le numéro un mondial de la surveillance électronique et devrait atteindre en 2022 le ratio record d'une caméra de surveillance pour deux habitants. Les technologies chinoises de surveillance de masse, qui font appel à l’intelligence artificielle et à la reconnaissance faciale, s’exportent dans un nombre croissant de pays.


Dans un rapport d’enquête intitulé « Le nouvel ordre mondial des médias selon la Chine » publié l’an dernier, RSF dévoilait la stratégie déployée par Pékin pour contrôler l’information hors de ses frontières, un projet qui menace la liberté de la presse dans le monde entier.


La Chine se situe au 177e rang sur 180 dans le Classement mondial RSF de la liberté de la presse 2019.