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14 février 2018

Sept journalistes rendus apatrides par les autorités bahreïnies depuis 2011

La déchéance de nationalité est une condamnation de plus en plus employée par les autorités bahreinies pour museler la presse. Depuis 2011 et la révolution, sept journalistes et journalistes-citoyens ont été rendus apatrides par mesure de rétorsion pour leur travail.

La déchéance de nationalité est devenue un outil de répression aux mains des autorités pour faire taire une presse qui se risquerait à ne pas suivre la ligne officielle. Alors que sept ans ont passé depuis le début du soulèvement du 14 février 2011 au Bahreïn, ce sont sept journalistes et journalistes-citoyens qui ont ainsi été déchus de leur nationalité. Trois d'entre eux purgent également une peine de prison. Les quatre autres sont en exil.


Trois journalistes apatrides en détention


Arrêté en 2014, le photographe Ahmed Al Mousawi a été condamné le 23 novembre 2015 à dix ans d’emprisonnement et à la déchéance de sa nationalité, notamment pour avoir pris des photos de rassemblements anti-gouvernementaux. Le journaliste Mahmoud Al Jaziri et le blogueur Ali Al Maaraj ont été tous les deux déchus de leur nationalité, le 30 octobre 2017, dans un procès politique où ils ont été reconnus coupables avec cinq autres personnes de liens avec une présumée cellule terroriste. Certains des accusés ont affirmé avoir été torturés pendant l’interrogatoire. Mahmoud Al Jaziri, journaliste pour le quotidien Al Wasat, journal fermé par les autorités en 2017, a été condamné à 15 ans de prison. Ali Al Maaraj a lui été condamné à la prison à vie. Le blogueur avait déjà passé 27 mois en prison pour “insulte au roi” et “mauvais usage des technologies de l’information”.


“Sanctionner de prison ou de déchéance de nationalité des journalistes qui font leur travail est aberrant, déclare RSF. Le Bahreïn a signé la Charte arabe des droits humains qui prévoit que ‘toute personne a droit à une nationalité et nul ne peut être déchu arbitrairement ou illégalement de sa nationalité’, même si le royaume n’a pas signé la Convention des Nations unies de 1961 sur la réduction de l’apatridie. Couvrir des manifestations d’opposition ou donner la parole à des opposants ne s’apparente ni à du terrorisme ni à une menace pour la sécurité de l’Etat.”


Quatre journalistes apatrides en exil


Les quatre autres journalistes étaient déjà en exil, au moment des condamnations qui les ont rendus apatrides : les journalistes Ali Abdel Imam (fondateur du site d’information BahrainOnline), Ali Aldairy, (fondateur et rédacteur en chef du journal Bahrain Mirror ) et Abbas Busafwan, un présentateur de la chaîne Al Nabaa, ainsi que le blogueur Hussein Yousef ont été déchus de leur nationalité sur ordre du ministre de l’Intérieur le 31 janvier 2015. Le Bahreïn a en effet amendé en 2014 sa loi sur la citoyenneté, ce qui permet au ministère de l’Intérieur lui-même de déchoir directement de sa nationalité quiconque aurait aidé un Etat ennemi ou dont la loyauté envers l’Etat serait questionnable. Les enfants des condamnés pâtissent également de la situation de leurs parents: le fils qu’Ali Abdel Imam a eu au Royaume-Uni est né apatride.



Cinq cent soixante-dix-neuf Bahreïnis ont été déchus de leur nationalité depuis 2012. Quinze journalistes et journalistes-citoyens sont actuellement emprisonnés dans le royaume pour des charges liées à leur travail, dont Nabeel Rajab, qui risque d’être condamné à quinze ans de prison supplémentaires le 21 février prochain. Le Bahreïn se situe à la 164e position sur 180 au Classement mondial de la liberté de la presse 2017 établi par Reporters sans frontières.