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13 juin 2018

Sélection du pays hôte de la Coupe du monde 2026 : la FIFA, prescriptrice en droits humains ?

La Fédération internationale de football association (FIFA) a décidé d’intégrer des critères relatifs aux droits de l’Homme dans le choix du prochain pays hôte désigné ce 13 juin. Reporters sans frontières (RSF) salue une initiative longtemps attendue mais s’interroge sur sa mise en oeuvre.

Dans son guide de procédure de candidature publié en mai 2017, la FIFA insiste sur sa volonté de mettre en place un processus irréprochable pour l'attribution des prochaines Coupes du monde. La fédération inscrit désormais son action dans le « respect des Principes directeurs relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme des Nations unies ». Dans le cadre de la procédure d'attribution de la Coupe du monde 2026, elle demande ainsi un « engagement clair » des pays candidats en faveur des droits de l'Homme, parmi lesquels la liberté d’information. Jusqu’ici tout va bien.


Que la FIFA se fonde sur des critères rigoureux concernant les droits de l’Homme et notamment la liberté de la presse pour désigner le prochain pays hôte de la Coupe du monde est évidemment une promesse séduisante que nous ne pouvons que saluer, à condition qu’elle soit réellement mise en oeuvre, déclare Christophe Deloire, secrétaire général de RSF. Le problème, c’est que la FIFA semble avoir la prétention de sortir de son rôle - promouvoir le football - pour prescrire des politiques publiques en matière de droits humains”.


Dans le chapitre consacré aux droits de l’Homme de l’évaluation des candidatures à l’organisation de la Coupe du monde, la FIFA explique qu’elle présentera désormais aux pays candidats sélectionnés une série de mesures conçues pour améliorer l’efficacité de leur stratégie en matière de droits de l’Homme. “La mise en œuvre {par le pays hôte} des mesures supplémentaires définies par la FIFA est obligatoire dans le cadre de l’accord d’organisation".


Toutefois, la sélection opérée par la FIFA est fondée sur le seul caractère “sérieux” des engagements pris par l’Etat candidat et au regard des documents “complets” qu’il aura fournis. Même si l’évaluation externe préalablement mandatée par la FIFA confirme l’existence dans le pays candidat de facteurs de risques pour les droits humains et la liberté de la presse, comme c’est le cas des pays qui étaient sélectionnés pour l’organisation de la prochaine Coupe du monde - Maroc d'un côté et Mexique/Etats-Unis/Canada de l'autre, trio qui accueillera d'ailleurs la Coupe du monde 2026. Dans ces conditions, c’est la crédibilité des mesures que la FIFA préconisera qui est sujette à caution.


Le Maroc, le Mexique, les Etats-Unis et le Canada sont respectivement classés 135e, 147e, 45e et 18e au Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF.