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10 avril 2014 - Mis à jour le 20 janvier 2016

RSF soutient la résolution européenne sur l’Iran et exige la libération de 52 reporters


Le Parlement européen a adopté jeudi 3 avril 2014 une résolution sur la stratégie de l'Union européenne à l'égard de l'Iran. Pour la première fois, le Parlement européen affiche une volonté claire de prendre en compte les droits de l'homme dans la construction des relations entre l’Europe des 28 et l’Iran. La résolution, qui “demande à l'Iran de coopérer avec les organismes internationaux de défense des droits de l'homme et ses propres ONG”, s'associe à “l'appel urgent de 772 journalistes iraniens adressé au président iranien pour que ce dernier tienne sa promesse et autorise la réouverture de l'association des journalistes iraniens”. Elle invite aussi “l'Union à intégrer les droits de l'homme dans tous les aspects de ses relations avec l'Iran”. “Nous saluons cette démarche qui met en avant la question des droits de l'homme dans les relations avec l'Iran. Les mesures prévues par cette résolution constituent un point de départ. Faisant contre-poids à la question du nucléaire iranien et à la défense des intérêts économiques européens, elles sont une base pour la prise en compte du respect des libertés fondamentales dans les discussions bilatérales”, déclare Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters sans frontières. Depuis le 31 mars, date de publication de la proposition de résolution, différents responsables du régime dont certains proches du Guide Suprême Ali Khamenei ont multiplié les attaques contre la communauté internationale et les Européens. Le régime des Mollahs a réagi avec virulence à l’article 17 de la résolution qui dispose que “toute future délégation du Parlement en Iran devrait s'efforcer de rencontrer des membres de l'opposition politique et des militants de la société civile et de rencontrer des prisonniers politiques.” “Les menaces et autres attaques proférées contre l’Union européenne par les responsables politiques et religieux iraniens n’ont aucune légitimité de la part d’un régime ne respectant pas le droit international relatif aux droits de l’homme. En demandant l’application des accord d’Helsinki dans un régime autoritaire, l’Union européenne encourage et légitime les demandes de la société civile en matière de droits humains. L’Union semble enfin prendre une position adaptée face à l'un des pays les plus répressifs au monde à l’égard de la liberté de l’information, pays qui demeure l'une des plus grande prisons du monde pour les journalistes et les net-citoyens. Nous demandons la libération immédiatement de 52 journalistes et net-citoyens emprisonnés.", déclare Réza Moini, responsable du bureau Iran-Afghanistan de Reporters sans frontières. Un bilan désastreux pour la liberté de l’information Le 2 avril 2014, des médias britanniques révélaient qu’une ressortissante irano-britannique s’étant rendue en Iran pour voir sa famille, Roya Saberi Negad Nobakht, avait était emprisonnée depuis cinq mois pour avoir posté un commentaires sur Facebook. Daryoush Taghipoor, son époux, a expliqué que “sa femme âgée de 47 ans (était) détenue à la prison d'Evin à Téhéran”. Roya Saberi Negad Nobakht a été accusée d’“'insulte envers l’islam et de menace à la sécurité nationale” pour avoir écrit sur sa page personnelle qu’“Ici (en Iran, ndr) tout est trop religieux.” Son mari, très inquiet, avait déclaré aux médias que sa femme n’était “absolument pas une militante politique” mais “une citoyenne normale” et que très probablement elle avait dû faire des aveux “sous la pression”. Depuis cinq mois, les gouvernements iranien et britannique avaient tenu secret les informations relatives la situation de Roya Saberi Negad Nobakht. Informé par des amis, Andrew Stunell, député de Hazel Grove, la ville où habitait la citoyenne britannique au Royaume-Uni, a déclaré être “préoccupé par cette arrestation arbitraire” et a demandé “au Foreign Office de se renseigner sur sa situation”. Roya Saberi Negad Nobakht compte désormais parmi les 20 net-citoyens actuellement emprisonnés en Iran. Soumis à de longues périodes d’isolement et brutalement torturés pour obtenir des aveux, utilisés par la suite contre eux lors de procès iniques, ces hommes et ces femmes paient au prix fort leur libre expression. Reporters sans frontières exprime une fois de plus sa vive inquiétude face aux conditions de détention de plusieurs professionnels des médias iraniens. L’acharnement des autorités contre les net-citoyens et journalistes malades emprisonnés se poursuit. Parmi eux, Hossein Ronaghi Malki, Mohammad Reza Pourshajari, Mostafa Daneshjo, Hamidreza Moradi, Afshin Karampour, Mohammad Davari, Mohammad Sedegh Kabodvand et Said Matinpour. Tous souffrent de maladies. Malgré l’urgence des soins nécessaires, les responsables pénitentiaires et la justice n’autorisent pas les transferts des malades vers les hôpitaux, ceci en dépit des préconisations du règlement intérieur et de la médecine pénitenciaires, mis en place par l’instance juridique en charge de la gestion des lieux de détention. Les huit collaborateurs du site Narenji (Orange, en persan), Ali Asghar Hormand, Abass Vahedi, Alireza Vaziri, Nassim Nikmehr, Malieh Nakehi, Mohammad Hossien Mossazadeh et Sara Sajad Pour sont toujours en détention. Arrêtés le 3 décembre 2013 par les Gardiens de la Révolution, ils avaient été transférés dans un lieu inconnu après que leurs domiciles avaient été perquisitionnés et leurs effets personnels confisqués. La date de leur procès et le motif légal de leur arrestation n’ont pas été officiellement annoncés. Le 24 mars 2014, le Conseil des droits de l'homme des Nations Unies a dénoncé des violations graves et répétées des droits de l'homme en Iran par l’intermédiaire d’une résolution et a décidé de prolonger pour une période d'un an le mandat Ahmad Shaheed, le Rapporteur spécial sur la situation des droits de l'homme en République islamique d'Iran. L’Iran, l’un des pays les plus répressifs au monde en matière de liberté de l’information, occupe la 173e place sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse 2014 établi par Reporters sans frontières.