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22 juillet 2016

RSF soutient la journaliste bulgare Lili Marinkova, licenciée de la radio publique

Crédit: Nadezhda Chipeva
Reporters sans frontières (RSF) demande à la direction de la radio nationale bulgare de réintégrer la journaliste vedette Lili Marinkova, abusivement licenciée, et déplore les pressions exercées par la classe politique sur les journalistes du pays.

RSF apporte son soutien à Lili Marinkova, une des voix les plus célèbres et indépendantes de la Radio nationale bulgare, licenciée sans aucune forme de préavis en juin 2016. RSF s’était jointe à l’époque à une pétition lancée par des journalistes de renom qui, persuadés que ce licenciement était motivé par des raisons politiques, demandaient à ce que la chroniqueuse retrouve sa position. Une requête reprenant cette revendication a été déposée auprès du Comité d’administration, qui devra rendre une décision dans les prochains jours.


La direction de la radio a motivé sa décision arguant que la présentatrice, 62 ans, avait atteint l’âge la retraite. Mais le licenciement coïncide avec la nomination d’Alexandre Velev à la direction de la radio par le Conseil des médias électroniques (CEM, l’organe de régulation). La journaliste, qui n’a jamais mâché ses mots ni ménagé les personnalités politiques du pays, a été sciemment évincée des ondes en cette période pré-électorale. Dans l’une de ses dernières émissions, Lili Marinkova avait notamment raconté les débuts de l’oligarque Delian Peevski, député, leader de la production de cigarettes et magnat des médias (lire le rapport RSF sur les oligarques).


“Nous ne pouvons tolérer un acte de censure aussi évident, a déclaré Pauline Adès-Mével, responsable du bureau UE-Balkans de RSF. Le départ de Lili Marinkova ne correspond ni à une baisse de popularité de l’émission ni à aucun autre critère objectif. Nous sommes face à un acte de censure caractérisé: il est urgent que la direction de la radio y remédie.”


Début juillet, la Bulgarie a également été le théâtre d’une tentative d’intimidation de la part du ministre de la culture, Vezhdi Rashidov. Suite à l’interview d’un sculpteur détracteur du ministre par le présentateur télé Gueorgui Anguelov, Vezhdi Rashidov a demandé au journaliste de “moins ironiser sur l’Etat” et de “se souvenir de qui paye son salaire”.


L’Association des journalistes européens a immédiatement réagi en accusant le ministre de chantage et de pression. Le 7 juillet, une manifestation s’est tenue à Sofia pour demander le départ du ministre, qui a alors présenté ses excuses.


“L'arrêt de l'émission Dimanche 150 et le renvoi de Marinkova, ainsi que l'assaut du ministre Rashidov contre le journaliste de la télévision publique sont des symptômes d'une même maladie du pouvoir politique qui a rejeté la Bulgarie à la dernière place en matière de liberté de la presse dans l’Union européenne”, a déclaré Atanas Tchobanos, co-fondateur du site d’information bulgare Bivol.bg.


La Bulgarie occupe la 113e place sur 180 dans le Classement RSF 2016 de la liberté de la presse.