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27 février 2015 - Mis à jour le 20 janvier 2016

RSF s’inquiète de l'arrestation d’un journaliste après la publication d’informations sur des piratages informatiques


Actualisation du 05/03/2015 Rui Cruz, arrêté le 26 février 2015 dans le cadre d’une enquête sur des piratages informatiques, a été libéré dans la soirée du 27 février après avoir passé deux jours en détention. En attendant son procès, le journaliste doit se présenter toutes les deux semaines au poste de police. Tout accès à Internet lui est interdit. Il lui est aussi prohibé d’acheter du matériel informatique permettant l'accès au réseau et de signer des contrats avec des fournisseurs d'accès. Le journaliste a été inculpé pour “sabotage informatique", “accès illégitime” et “publication illégale de données”. Il est accusé d’avoir soutenu les piratages informatiques, notamment en publiant des informations sur des cyberattaques avant les autres médias et parfois avant que les auteurs des piratages les rendent eux-mêmes publics sur les réseaux sociaux. Sur son site d’information, Rui Cruz critiquait les failles des systèmes informatiques de plusieurs organismes publics révélées par les hackers. Ses articles, s’ils ont pu accroître la visibilité de ces derniers, s’inscrivaient dans le but journalistique de partager avec les lecteurs des informations d’intérêt public. Depuis ces accusations, Rui Cruz a perdu son deuxième emploi au sein de Portugal Telecom. Ne pouvant plus accéder à Internet, son site d’information qui aborde une pluralité de sujets autres que le piratage informatique est voué à disparaître. ---- Le journaliste Rui Cruz a été arrêté le 26 février 2015 dans le cadre d’une enquête de la police judiciaire (PJ) sur des attaques informatiques. Reporters sans frontières (RSF) s’inquiète qu’un journaliste puisse être en garde à vue pour avoir informé de l’existence de ces piratages. Rui Cruz est le fondateur et responsable du site d’information TugaLeaks, basé à son domicile à Pinhal Novo, dans la banlieue de Lisbonne. Le journaliste a été arrêté et sa résidence perquisitionnée jeudi 26 février. Les faits précis reprochés au journaliste restent inconnus. Il va être entendu par un juge le 27 février. Lors d'une conférence de presse, Carlos Cabreiro, coordinateur d'enquête criminelle de la PJ, a déclaré que le site d'information était accusé d'avoir “divulgué un ensemble de données relatives à la pratique de crimes informatiques”. Il a également indiqué qu'un représentant du syndicat des journalistes avait été présent lors de la détention de Rui Cruz, comme cela est prévu par la loi. Le site d’information TugaLeaks a publié en exclusivité plusieurs articles sur des piratages informatiques menés par des groupes de hackers portugais, affiliés au réseau international Anonymous, contre plusieurs institutions publiques et sociétés privées depuis le mois d’avril 2014. Parmi les entités frappées se trouvaient la société d'énergie Électricité du Portugal (EDP), la Banque du Portugal et la Banque Espírito Santo (BES), le ministère public et la Commission d'attribution de la carte professionnelle du journaliste. Suite à ces deux dernières actions, des milliers des données personnelles de procureurs et de journalistes avaient été rendues publiques par les hackers. Dans ses articles, TugaLeaks indiquait des liens vers les pages et les données piratées, placées sur des sites de partage de fichiers. Le site d’information s’intéressait aussi aux dysfonctionnements des services publics dans la région de Lisbonne. RSF souhaite rappeler qu’un journaliste ne peut pas être mis en garde à vue simplement pour avoir communiqué sur des actes malveillants. Six autres suspects ont également été placés en garde à vue le 26 février. Ils sont accusés de “sabotage informatique” (DDoS), “défacement de site web”, “accès illégitime” et “publication illégale de données”. Le Portugal figure au 26ème rang sur 180 dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2015 établi par Reporters sans frontières. RSF põe em causa detenção de jornalista após publicação de informações sobre ataques informáticos (photo : foto DR, jn.pt)