RSF publie les “enregistrements Bettencourt” retirés du site de Mediapart

En coordination avec des sites d’information et des associations, Reporters sans frontières a décidé de mettre en ligne ce 22 juillet 2013, sur son site de publication de contenus censurés ou interdits Wefightcensorship.org, les “enregistrements Bettencourt” et articles associés retirés du site de Mediapart. Hébergeant jusqu’ici une majorité de contenus provenant de pays qui bafouent la liberté de l’information, comme le Turkménistan, la Chine ou le Bélarus, Wefightcensorship (“Nous combattons la censure”) accueille aujourd’hui son premier contenu français. La publication intervient suite à l’obligation faite à Mediapart et au Point de retirer de leurs sites internet respectifs les enregistrements en question, ainsi que les citations écrites associées, avant ce soir, lundi 22 juillet à minuit. C’est ce qu’a imposé la cour d’appel de Versailles le 4 juillet dernier. Au nom de la protection de l’intimité de la vie privée, elle a condamné ces deux médias à 20.000 euros de dommages et intérêts et à ce retrait, sous astreinte de 10.000€ par jour, une somme complètement disproportionnée au regard du dossier. Mediapart et Le Point ont annoncé qu’ils ne contreviendraient pas à la décision. Sur mediapart.fr ce sont plus de 100 publications qui sont supprimées ce lundi 22 juillet. Près de quarante associations et titres de presse, dont Reporters sans frontières, ont signé l’appel “Nous avons le droit de savoir” lancé par Mediapart. Ces structures ont été rejointes par plus de 47.000 signataires, parmi lesquels des parlementaires et des responsables politiques. Cet appel invite la société civile à se saisir de ce cas de censure en diffusant le plus largement possible tous les contenus appelés à être retirés du site mediapart.fr. “L’affaire Bettencourt a entraîné plus d’une dizaine de mises en examen, principalement pour trafic d’influence, abus de faiblesse, escroquerie et abus de biens sociaux. Nicolas Sarkozy, ancien président de la République, est mis en examen pour abus de faiblesse sur la personne de Liliane Bettencourt, tandis qu’Eric Woerth, ancien ministre du budget, a été renvoyé devant le tribunal correctionnel pour trafic d’influence passif dans l’affaire de la légion d’honneur de Patrice de Maistre. De surcroît, l’administration fiscale a adressé à Liliane Bettencourt un redressement fiscal historique de près de 100 millions d’euros”, rappelle Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters sans frontières. “Ces conséquences judiciaires et administratives montrent que les révélations de Mediapart et du Point relèvent bien de l’intérêt général. Le public a le droit d’être informé, selon l’article 10 de la Convention de sauvegarde des Droits de l'Homme et des Libertés fondamentales et la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme sur l’équilibre entre vie privée et droit à l’information. La cour d’appel de Versailles a préféré appliquer une sanction à notre sens disproportionnée qui découragera les journalistes d’investigation de faire leur travail. Nous espérons que la publication des “enregistrements Bettencourt” sur Wefightcensorship.org, ainsi que sur d’autres supports, fera réfléchir les juges à un équilibre plus juste entre protection de l’intimité de la vie privée et droit légitime du public à être informé des questions d’intérêt général”, conclut Christophe Deloire.
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Updated on 20.01.2016