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5 février 2016 - Mis à jour le 8 mars 2016

RSF exige la libération des journalistes emprisonnés en Egypte


Alors que le procès de Shawkan et celui des journalistes de l’affaire dite de la “salle des opérations de Rabaa” doivent débuter, Reporters sans frontières (RSF) réitère son appel aux autorités égyptiennes et les exhorte à libérer immédiatement et sans conditions ces professionnels détenus pour avoir simplement exercé leur métier.

Le photojournaliste Mahmoud Abu Zeid, connu sous le pseudonyme Shawkan, comparaîtra samedi 6 février. En décembre dernier, son procès aux côtés de plus de 700 accusés dont des membres de frères musulmans, avait été reporté. Le reporter a subi l’une des plus longues détentions provisoires de l’histoire du pays, plus de 900 jours, ce qui est contraire à la Constitution et la législation égyptiennes. Arrêté le 14 août 2013, il couvrait alors les manifestations de la place Rabaa Al-Adawiya pour les agences Demotix et Corbis.

La série judiciaire se poursuivra lundi 8 février avec l’ouverture du nouveau procès de l’affaire dite de la “salle des opérations de Rabaa”, au cours de laquelle plusieurs journalistes avaient été condamnés à la prison à perpétuité en avril 2015. RSF défend le cas de six de ces journalistes, le lien entre la profession des huit autres et leur détention n’étant pour l’heure pas formellement établi.

“En Egypte, toute forme de critique du régime est systématiquement réprimée par les autorités et les journalistes en paient le prix fort, déclare Alexandra El Khazen, responsable du bureau Moyen-Orient. RSF exige des autorités la relaxe des journalistes emprisonnés et jugés dans des procès politiques de masse sous des accusations graves. Leurs détentions, tout comme leurs procès, bafouent de manière flagrante toutes les normes internationales et nationales.”

Poursuivi pour meurtre, tentative de meurtre et appartenance à un groupe interdit (les Frères musulmans), Shawkan risque la prison à vie voire la peine de mort. Moralement épuisé, il souffre d’une hépatite qui n’a cessé de s’aggraver par manque d’accès à des soins médicaux convenables et à cause de ses conditions de détention difficiles.

Les journalistes jugés lundi aux côtés de responsables du groupe des Frères musulmans en Egypte sont, eux, accusés de publications de “fausses nouvelles”, d’incitation à la violence et au chaos et d’avoir organisé une “salle des opérations” supposée orchestrer des attaques contre le gouvernement lors des manifestations pro-Morsi en août 2013 sur la place Rabaa Adawiya, au Caire. Ils ont été condamnés à la prison à vie en avril dernier.

Le massacre de la place Rabaa Al-Adawiya en août 2013 constitue un des épisodes les plus sanglants de l’histoire du pays. Trois journalistes ont trouvé la mort dans l’exercice de leurs fonctions lors de la dispersion des manifestants pro-Morsi par les forces de sécurité.

Classée 158e sur 180 pays au Classement mondial 2015 de la liberté de la presse établi par RSF, l’Egypte est aujourd’hui l’une des plus grandes prisons du monde pour les journalistes, après la Chine, l’Erythrée et l’Iran. Au moins 23 journalistes sont injustement détenus à ce jour.