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27 août 2013 - Mis à jour le 20 janvier 2016

RSF et JDS adressent une lettre ouverte à Navi Pillay


Appel conjoint de Reporters sans frontières (RSF) et de son organisation partenaire, Journalists for Democracy in Sri Lanka (JDS) à la Haut-Commissaire des Nations unies pour les droits de l’Homme, Navanethem (Navi) Pillay.

27.08.2013 Reporters sans frontières (RSF) et son organisation partenaire, Journalists for Democracy in Sri Lanka (JDS), appellent la responsable de l’organe pour les droits de l’Homme des Nations unies à faire preuve de toute la détermination nécessaire dans sa recherche des responsabilités sur les graves crimes commis envers les journalistes et la liberté des médias au Sri Lanka. La Haut-Commissaire des Nations unies pour les droits de l’Homme Navanethem (Navi) Pillay a entamé, le 25 août 2013, une visite d’une semaine dans ce pays, classé “sous surveillance” dans la liste des “ennemis d’Internet” de Reporters sans frontières,. Le Sri Lanka se situe au 162ème rang sur 179 pays au classement mondial 2013 de la liberté de la presse établi par l’organisation. La visite d’officiels des Nations unies intervient à la suite d’une violente attaque commise sur la présidente du Syndicat des Journalistes du Sri Lanka (SLJTU), nouvellement créé. Au matin du 24 août 2013, un groupe de cinq hommes armés de couteaux et de grenades a pris d’assaut le domicile de la présidente du SLJTU, Mandana Ismail Abeywickrama, également rédactrice adjointe du Sunday Leader. L’un des attaquants a été tué durant la fusillade avec la police, tandis que les quatre autres ont été placés en détention (suite à l’intervention opportune de l’époux de la journaliste). Les organisations de défense de la liberté d’expression sont très inquiètes suite aux aveux officiels du porte-parole de l'armée, selon lesquels au moins deux des agresseurs seraient des militaires. Le fait que la police ait classé ce crime contre une militante des droits des médias comme un simple cambriolage, avant même que l’enquête n’ait rendu ses premières conclusions, met en évidence l’environnement périlleux dans lequel les journalistes, les militants de l’information et les médias libres évoluent au Sri Lanka. Des journalistes ont été tués, enlevés, portés disparus ou forcés à quitter le pays, tandis que des médias ont subi des attaques à la bombe ou des incendies. Le seul journal provincial de l’île, Uthayan, basé à Jaffna, a été à lui seul la cible de 37 attaques violentes, qui ont coûté la vie à au moins cinq de ses journalistes depuis 2002. Même si ces crimes ont tous été commis dans une zone extrêmement militarisée, personne n’a pour l’heure été mis en cause. Reporters sans frontières et Journalists for Democracy in Sri Lanka attendent de la Haut-Commissaire qu’elle se montre inflexible dans l’obtention d’un engagement transparent de la par du gouvernement sri lankais, de rendre justice aux victimes de ces graves crimes contre la liberté des médias. “Tant que les crimes contre les médias et leurs auteurs resteront impunis, et que leurs commanditaires bénéficieront de l’assurance implicite de demeurer impunis, la liberté de l’information au Sri Lanka restera un vain mot. Nous exhortons Navi Pillay à rappeler aux responsables du Sri Lanka leur responsabilité de rendre la justice”, ont déclaré les deux organisations. La visite de Navi Pillay s’inscrit dans la perspective de la session ordinaire du Conseil des droits de l’Homme des Nations unies qui se tiendra en septembre prochain, et au cours de laquelle elle sera amenée à faire une intervention orale sur la situation du pays. Au mois de mars, l’année dernière, le Conseil des droits de l’homme des Nations unies avait adopté une résolution réclamant une enquête indépendante et crédible sur les crimes de guerre. Les droits de l’homme dans le pays ont subit un examen international minutieux, suite aux accusations de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité commis durant la guerre civile contre les rebelles tamouls. “L’apparent refus des autorités sri lankaises d’aborder la question des menaces sur la liberté de la presse doit être vue comme une extension de la politique répressive adoptée durant la guerre. La tyrannie avec laquelle le gouvernement a manipulé les militants et les organisations de défense des droits de l’homme durant la guerre continue de restreindre l’accès du public à une information indépendante. Nous exhortons la Haut-Commissaire à dresser avec objectivité l’état des lieux, alors que le prétendu respect des droits humains par le gouvernement est gravement remis en cause par de nombreuses entités, parmi lesquelles les Nations unies”, ont déclaré les deux organisations. Photo : Ishara S.KODIKARA / AFP