Actualités

19 novembre 2019 - Mis à jour le 21 novembre 2019

RSF demande à l’Australie d’accorder l’asile à deux reporters saoudiens en danger de mort

Le ministre australien de l'Intérieur Peter Dutton incarne la ligne anti-migrants très dure promue par le gouvernement de Scott Morrison, dont les deux journalistes saoudiens qui ont fui Riyad en septembre sont désormais les victimes (photo : AFP).
Les deux journalistes, qui ont dû quitter Riyad en septembre dernier suite à des menaces de plus en plus pressantes, sont actuellement placés en rétention par l’Australie, où ils pensaient pouvoir trouver l’asile. Reporters sans frontières (RSF) demande à Canberra de faire montre de dignité et de responsabilité en accueillant ces deux reporters comme il se doit.

Après avoir échappé in extremis à la mort, ils croupissent en rétention dans un centre australien depuis bientôt deux mois. Ces deux journalistes saoudiens, dont RSF ne révèle pas le nom pour des questions de sécurité, ont dû fuir leur pays après que leur relation homosexuelle fut révélée par la sécurité d’Etat saoudienne - ce qui, dans le royaume wahhabite, revient à les condamner à mort. 


Détenteurs de visas touristes en règle, ils ont atterris sur le sol australien le 12 octobre dernier et, ayant passé l’immigration, ils pensaient pouvoir ensuite demander l’asile. C’était compter sans les agents de la douane, qui ont arrêté et menotté les deux journalistes, et les ont remis à la police aux frontières, l’Australian Border Force. Celle-ci a unilatéralement décidé d’annuler leur visa et les a transféré dans un centre de rétention. Selon le témoignage livré par l’un des deux journalistes à RSF, ils vivent depuis dans des conditions déplorables, privés de liberté dans un lieu où la drogue circule abondamment et où ce sont les détenus qui font la loi. 


“Accueil abject” 


Il y a deux semaines, les deux reporters ont même été séparés - l’un d’eux ayant été transféré vers un hôpital. L’autre journaliste, qui parle mal anglais, a été approché dans le centre de rétention par un autre détenu saoudien, lequel lui a posé une série de questions insistantes - ce qui fait craindre la présence d’un agent de Riyad au sein même du centre. “L’Arabie saoudite a des gens partout, résume son partenaire. Il peut très bien être en lien avec l’ambassade. Et la menace de notre déportation plane toujours sur nous. Dans ce cas, nous disparaîtront une fois de retour en Arabie.


RSF a fait parvenir un courrier, daté du 6 novembre, au ministère australien de l’Intérieur pour l’alerter sur cette situation. La lettre est à ce jour sans réponse.


“L’accueil réservé par les autorités australiennes à ces deux journalistes est absolument abject, regrette Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF. Ils ont de sérieuses craintes d’être renvoyés à Ryad, et nous ne voulons certainement pas que Canberra soit responsable d’un nouveau ‘Jamal Khashoggi’. C’est pourquoi nous appelons le ministre de l'Intérieur Peter Dutton à veiller à ce que les deux reporters saoudiens bénéficient immédiatement d’un visa intérimaire afin que leur soit accordé l’asile.”


Fuite 


Le journaliste avec lequel RSF est en contact a décrit les conditions de leur fuite de Ryad : “Le 5 septembre 2019, mon partenaire, qui est reporter d’images, et moi-même, avons été convoqués pour un interrogatoire. Le même jour, la famille de mon partenaire a annoncé qu’ils allaient me tuer. Nous avons fui l’Arabie saoudite deux jours plus tard.”


Un an plus tôt, en septembre 2018, ce même journaliste - qui a travaillé pour des chaîne comme CNN, CBS News, la BBC, mais aussi pour le ministère saoudien des Médias - avait fait l’objet d’un premier avertissement : “On m’a enlevé pour m’interroger sur un reportage de Radio Canada auquel j’avais partiellement participé, explique-t-il. Le directeur de la sécurité d’Etat m’a dit que si je n’arrêtais pas de travailler pour des médias étrangers, il révélerait que nous sommes en couple.” 


Un mois plus tard, Jamal khashoggi, dont ce reporter était proche, et pour lequel il avait travaillé, était assassiné et démembré au consulat saoudien d'Istanbul le 2 octobre 2018.


Depuis la désignation de Mohammed ben Salmane comme prince héritier en 2017, le nombre de journalistes et de blogueurs emprisonnés en Arabie saoudite a été multiplié par deux. Au moins 32 journalistes et blogueurs se trouvent actuellement derrière les barreaux. L’Arabie Saoudite occupe la 172e place sur 180 au Classement mondial 2019 de la liberté de la presse établi par RSF. 


En chute de deux places par rapport à 2018, l’Australie occupe, pour sa part, la 21e position.