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14 mars 2019 - Mis à jour le 15 mars 2019

RSF demande à la Thaïlande de respecter le statut de réfugié du blogueur vietnamien Bach Hong Quyen

Bach Hong Quyen bénéficie du statut de réfugié de l’UNHCR depuis le 29 novembre 2017 (photo : archive Facebook).
La police thaïlandaise a récemment perquisitionné le domicile du blogueur vietnamien Bach Hong Quyen, actuellement exilé à Bangkok. Craignant qu’elles ne se rendent complices de son enlèvement par des agents vietnamiens, Reporters sans frontière (RSF) appelle les autorités du royaume à respecter son statut de réfugié politique garanti par les Nations unies.

Il vit désormais comme un clandestin. Après avoir reçu la visite de la police thaïlandaise, venue l’interroger à son domicile le 1er mars dernier, le blogueur vietnamien Bach Hong Quyen, exilé à Bangkok depuis mai 2017, craint désormais chaque jour d’être arrêté et expulsé vers son pays. Bénéficiaire du statut garanti par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), il avait notamment aidé son compatriote, le journaliste Truong Duy Nhat, à obtenir le même statut en début d’année.


Or, un jour après que la demande a été déposée au HCR, ce dernier a mystérieusement  disparu, le 26 janvier dernier, dans un centre commercial de Bangkok. Il a vraisemblablement été enlevé par des agents vietnamiens, avec la complicité des autorités locales, ce qui suscite la crainte que ce scénario ne se reproduise pour d’autres journalistes en exil recherchés par Hanoï. Poursuivi dans son pays pour “trouble à l’ordre public”, Bach Hong Quyen est actuellement inscrit sur la liste du Programme de réinstallation des réfugiés du Canada, où il espère pouvoir trouver l’asile avec sa famille.


“Nous appelons le gouvernement thaïlandais à respecter le statut de réfugié de Bach Hong Quyen et de sa famille, et à cesser toute sorte d’intimidation à son encontre, déclare Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF. Au-delà du respect fondamental des droits d’un individu dont le seul crime a été d’informer ses compatriotes, il en va de la crédibilité de la Thaïlande sur la scène internationale.”


“Rapatriement”


Intervenant sur plusieurs médias qui diffusent en vietnamien depuis l’étranger, Bach Hong Quyen est notamment célèbre pour ses enquêtes sur les questions environnementales. Il avait notamment questionné la responsabilité de certains officiels vietnamiens dans le déclenchement du désastre écologique de l’usine Formosa, en 2016.


Jadis lieu de refuge pour les journalistes persécutés dans les régimes les plus répressifs de la région, la Thaïlande s’est rendue plusieurs fois complice, sous le gouvernement actuel du générale Prayut, de complicité dans le “rapatriement” des professionnels de l’information vers les pays qui les recherchent. Ce fut notamment le cas du caricaturiste chinois Yang Jiefei, arrêté en 2015, ou de l’éditeur suédois Gui Minhai, lui aussi kidnappé en 2015, alors qu’il était en vacances en Thaïlande. Les deux journalistes ont été jetés ensuite dans des prisons chinoises.


Sept semaines après sa disparition, le blogueur vietnamien Truong Duy Nhat, pour sa part, n’est pas encore “réapparu” dans une prison de son pays.


La Thaïlande  se situe à la 140e place sur 180 pays dans le classement dans le Classement mondial de la liberté de la presse établi en 2018 par RSF. Le Vietnam occupe la 175e position - la plus basse d’Asie du Sud-Est.