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12 décembre 2017

RSF demande à la FCC de ne pas enterrer la neutralité du net

Crédit : Tara Hunt // CC // Flickr.
Alors que le régulateur américain s’apprête à sonner le glas de la neutralité du net, Reporters sans frontières (RSF) rappelle que l’égalité d’accès à internet est fondamentale pour la défense d’une information libre, indépendante et plurielle. Si les Etats-Unis enterrent la neutralité du net, les répercussions pourraient être mondiales.

S’informer grâce à la vidéo d’une manifestation sur YouTube, la newsletter d’un média indépendant, ou les contenus mis en ligne par des journalistes... L’information libre et plurielle pourrait subir de plein fouet les conséquences d'un texte qui met un terme à la neutralité du net et que l’autorité de régulation des télécoms américain (FCC) s’apprête à voter le 14 décembre, à l’issue d’un processus de concertation très critiqué.


La neutralité du net, c’est ce qui permet à chacun d’avoir le même accès à Internet, sans différenciation de tarif et à la même vitesse, quels que soient les sites visités, et les contenus lus ou téléchargés. Les fournisseurs d'accès à Internet (FAI) sont tenus de garantir à tous leurs clients une égalité d'accès au réseau. C’est ce qui permet la diffusion d’une information plurielle et libre.


“En nommant l’un de ses fidèles soutiens, Ajit Pai, au poste de président de la FCC, Donald Trump avait déjà envoyé un signal : les intérêts économiques des fournisseurs d’accès à internet sont plus essentiels que la défense de la liberté de l’information, rappelle Margaux Ewen, directrice de RSF aux Etats-Unis. Un tel texte constitue une entrave pour les médias libres et indépendants, à l’heure où deux tiers des Américains s’informent sur Internet et les réseaux sociaux et où Donald Trump ne cesse de multiplier les attaques à l’encontre des médias.


Un rôle prescripteur inquiétant


Mettre à mal ce principe revient à faire jouer le rôle de régulateurs et de censeurs aux FAI, qui pourront ainsi accroître davantage encore leur pouvoir sur la manière dont l’information est délivrée.


Outre l’impact immense aux Etats-Unis, cette décision aura évidemment des répercussions colossales dans le monde. “Les Etats-Unis ont un rôle prescripteur immense et RSF craint les tentatives de copier/coller, s’inquiète Elodie Vialle, Responsable du Bureau Journalisme et Technologie de RSF. Discriminer l’accès aux médias indépendants ou surfacturer des applications de messagerie utilisées pour contourner la censure dans de nombreux pays constituerait une entrave à la liberté de l’information, c’est pourquoi nous lançons un dernier appel à la FCC : ne votez pas ce texte.”


Discriminer l’accès à internet ? L’idée fait en effet des émules. Au Sénégal par exemple, le gouvernement étudie un projet de loi dont l’adoption constituerait une menace pour la neutralité du net. En Europe, l’Organe des régulateurs européens des communications électroniques (Orece) résiste aux lobbys des fournisseurs d’accès à l’internet pour le moment… mais jusqu’à quand, après un tel signal ?


Un groupe de 20 figures de proue du numérique demande au Congrès américain de faire obstacle à ce vote, signe de phénoménal retour en arrière. RSF joint donc sa voix aux multiples appels lancés par la société civile, par les pionniers du web - qui reprochent à la FCC “de ne pas comprendre comment Internet fonctionne”, ou encore par des personnalités comme le présentateur vedette de la chaîne HBO John Oliver.