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24 juillet 2013 - Mis à jour le 20 janvier 2016

RSF appelle à la mobilisation internationale pour la libération des 35 blogueurs emprisonnés au Vietnam


Le président vietnamien Truong Tan Sang, qui s'apprête à rencontrer son homologue américain, Barack Obama, le 25 juillet 2013, est aujourd’hui à la tête d'un pays qui constitue la deuxième prison du monde pour les acteurs non professionnels de l’information, après la Chine, avec 35 blogueurs et net-citoyens sous les verrous. Condamnés à de lourdes peines allant jusqu’à 13 ans de prison sous des prétextes fallacieux, tous subissent la traque acharnée des autorités à l’encontre des voix dissidentes. Reporters sans frontières vient de lancer une pétition appelant à la libération immédiate et inconditionnelle de tous ces blogueurs. Elle a déjà été signée par plus de 3000 internautes après seulement quelques jours d'existence, témoignant de la justesse de cette cause et de la mobilisation qu’elle suscite. "Les blogueurs font un travail indispensable en proposant des informations plus fiables et impartiales que celles relayées par une presse aux ordres et minutieusement censurée. Suite à la récente vague d’arrestations commanditée par le Parti communiste vietnamien, et pour que le sort de tous ces blogueurs ne soit pas oublié, nous avons jugé nécessaire d'ajouter à nos actions d'assistance ciblée une initiative de soutien global", a déclaré Reporters sans frontières. "Cette pétition, la première à soutenir l'ensemble des blogueurs emprisonnés au Vietnam, s'adresse à toutes celles et ceux, blogueurs et internautes, du Vietnam et d’ailleurs, qui veulent faire entendre au gouvernement vietnamien leur désapprobation face à la répression menée à l’encontre des net-citoyens, rendus coupables de ‘propagande’ ou encore ‘d’atteinte à la sûreté de l’Etat’ pour avoir simplement diffusé sur Internet des informations habituellement filtrées par les autorités. Nous réclamons leur libération immédiate et inconditionnelle, l'arrêt de la censure et l’abrogation des textes législatifs utilisés pour réprimer les blogueurs et net-citoyens, en particulier les articles 88 et 79 du Code pénal”, a ajouté l'organisation. Une presse étroitement surveillée Bien que le Vietnam compte officiellement plus de 700 médias (imprimés, en ligne, radio et télévision), tous appartiennent à des organes d’Etat, et sont placés sous le contrôle absolu du Parti communiste vietnamien. Contrairement à son voisin chinois, le pays est dépourvu de bureau de la censure. Pour autant, la presse n’en est pas moins strictement contrôlée par différents organes du Parti : tous les rédacteurs en chef de médias tels que VTV, VOV, Nhan Dan, Quan Doi Nhan Dan (People’s Army), Cong An Nhan Dan (People’s Public Security), Lao Dong, Tien Phong, Thanh Nien, Phu Nu, ainsi que les responsables des départements provinciaux de la Propagande et de l’Education, sont tenus de se rendre régulièrement à Hanoi pour recueillir les instructions du président du Département central de la propagande et de l’éducation du Parti communiste. L’existence de blogs informatifs est rendue cruciale par l’absence totale de presse privée dans le pays. Mais bien souvent, ces derniers font face à des blocages drastiques, et leurs propriétaires sont arrêtés ou soumis à des pressions des autorités s’ils postent des informations contraires à la ligne directrice du parti, à l’instar de Bauxite Vietnam ou de l’agence Ba Sam. Parmi les 35 blogueurs et net-citoyens actuellement emprisonnés figurent le militant des droits de l’homme Dieu Cay, qui a débuté il y a un mois une grève de la faim en vue de protester contre ses conditions d’incarcération. Dans une interview exclusive accordée à Reporters sans frontières le 19 juillet dernier, le blogueur Bui Thanh Hieu, également connu sous son pseudonyme, Nguoi Buon Gio (Marchand de vent), a appelé à la mobilisation pour l’état de santé de Dieu Cay (voir la vidéo ici). Le cyber-dissident Tran Huynh Duy Thuc, Cu Huy Ha Vu, docteur en droit et défenseur des droits de l’homme, l’avocat Le Quoc Quan, ou encore la blogueuse Ta Phong Tan, dont la mère s’est immolée en 2012, accablée par la détention de sa fille, ont également subi les représailles des autorités suite à leurs publications. Pour la seule année 2012, les autorités vietnamiennes ont traduit en justice pas moins de 48 défenseurs des droits de l’homme, pour un total de 166 années d’emprisonnement et de 63 ans de probation, parmi lesquels 22 personnes condamnées sous l’article 88 pour “propagande contre l’Etat”. Au début de l’année 2013, les autorités ont condamnés 14 jeunes catholiques, parmi lesquels 8 blogueurs, pour “tentative de renversement du gouvernement du peuple”. Le pays figure au 172ème rang sur 179 au classement mondial 2013 de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières, et figure dans le Rapport Spécial surveillance 2013 “Les Ennemis d’Internet”. Signer la pétition pour la libération des 35 blogueurs emprisonnés au Vietnam Lire la lettre de soutien au blogueur Dieu Cay, co-signée par RSF, à l’attention du président américain Barack Obama. Lire la lettre de soutien à l'avocat Le Quoc Quan, co-signée par RSF, à l'attention du président Barack Obama.