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11 avril 2013 - Mis à jour le 20 janvier 2016

RSF appelle à la libération immédiate du blogueur Asif Mohiuddin


Reporters sans frontières dénonce la procédure judiciaire infondée lancée à l’encontre du blogueur Asif Mohiuddin, qui pourrait être jugé et condamné pour avoir “blasphémé” ou “heurté le sentiment religieux”, dès sa prochaine audience, le 15 avril 2013. “Le maintien en détention d’Asif Mohiuddin, dont l’état de santé s’est dégradé selon sa famille, est intolérable. Les autorités doivent définitivement cesser de faire le jeu des extrémistes, et mettre un terme à cette traque des voix “laïques”. Nous saluons la décision du Premier ministre Sheikh Hasina, qui a rejeté le 8 avril dernier la demande faite par des groupes islamistes de faire voter une nouvelle loi punissant le blasphème. Mais beaucoup reste à faire pour que le climat d’insécurité et d’intolérance qui vise les acteurs de l’information ne s’apaise”, a délcaré Reporters sans frontières. Si le Code pénal bangladais punit le blasphème, en interdisant de “heurter les sentiments religieux”, des lois permettent également au gouvernement de confisquer et d’interdire toute publication au contenu blasphématoire. Selon la Section 295A du Code pénal de 1860, toute personne ayant “délibérément” ou avec une “intention malveillante”, “heurté les sentiments religieux” est passible d’emprisonnement. Asif Mohiuddin a été convoqué aux bureaux de la Detective Branch le 3 avril et détenu depuis lors suite à l’appel lancé par l’organisation Hifazat-e-Islam, désireuse de voir punis tous les blogueurs laïcs prétendument coupables d’avoir “insulté l’Islam et son prophète Mahomet”. Initialement détenu pour une durée de trois jours, Asif Mohiuddin ne sera finalement pas libéré avant le 15 avril, date de sa prochaine audience. Inculpé sous l’article 54 du Criminal Procedure Code de 1898, il risque jusqu’à 10 ans de prison et 10 millions de takas bangladais (près de 100 000 euros) d’amende. La demande de remise en liberté sous caution du blogueur, déposée par son avocat, Alauddin Molla, a été rejetée. La Detective branch n’aurait pas non plus respecté l’ordre donné par le juge le 4 avril d’hospitaliser Asif Mohiuddin. Le 10 avril, la demande du président de la Commission nationale des droits de l’Homme au Bangladesh, d’admission du blogueur au Central Jail Hospital aurait également été refusée. Le 1er octobre 2011, la police avait détenu Asif Mohiuddin pendant 18 heures au sujet de son blog. Il avait été relâché après qu’on lui a fait promettre de mettre un terme à ses activités de blogueur. Quatre suspects de la tentative de meurtre dont Asif Mohiuddin a été victime le 14 janvier 2013 ont été arrêtés quelques jours avant lui, le 1er avril, et ont avoué l’avoir agressé par motivation religieuse. La question des blogueurs et de leurs écrits est devenue un sujet de débats au Bangladesh dans un contexte de manifestations de militants anti-islamistes qui réclament la peine de mort pour les coupables de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité durant la guerre d’Indépendance de 1971. Ces manifestations, portées par des activistes en ligne, ont débuté le 5 février 2013 quand le Tribunal pénal international a condamné Abdul Quader Mollah, le dirigeant du parti Jamaat-e-Islami, à la prison à perpétuité. Quelques jours plus tard, des fanatiques de Hifazat-e-Islam, un groupe basé à Chittagong, ont commencé à qualifier les blogueurs impliqués dans ces rassemblements ou les couvrant “d’athées” et “d’anti-Islam”. Ils ont demandé aux autorités de faire cesser les manifestations et de punir dix blogueurs, parmi lesquels Asif Mohiuddin. Photo : nacionred.com