Actualités

23 juin 2014 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Retour sur un procès politique orchestré par les autorités égyptiennes


La condamnation des trois journalistes d’Al-Jazeera, Peter Greste, Mohamed Fadel Fahmy et Baher Mohamed, lundi 23 juin 2014, à des peines allant de sept à dix ans de prison démontre la dérive totalitaire du régime égyptien.
Non contentes de criminaliser toute opposition politique, les autorités égyptiennes poursuivent leur politique de musèlement des médias qui souhaiteraient donner une vision de la réalité différente de celle du pouvoir. Nous rappelons que ces arrestations et condamnations arbitraires sont contraires aux dispositions de la nouvelle Constitution, notamment son article 71”, déclare Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters sans frontières. Détenus depuis plus de 160 jours, l’Egypto-Canadien, responsable du bureau d’Al-Jazeera au Caire, Mohamed Fadel Fahmy, et le journaliste australien Peter Greste, ont été condamnés à sept ans d’emprisonnement. L’Égyptien Baher Mohamed a reçu une peine supplémentaire de trois ans de prison pour détention d'armes. Sur les six autres accusés détenus, quatre ont été condamnés à sept ans de prison et deux ont été acquittés. Onze - dont trois journalistes étrangers, deux Britanniques et une Néerlandaise - ont été jugés par contumace. Ils ont écopé de 10 ans de prison. Les 16 ressortissants égyptiens étaient accusés d'appartenance à une "organisation terroriste" (les Frères musulmans) et d'avoir cherché à "nuire à l'image de l’Égypte". Les quatre étrangers sont quant à eux accusés d'avoir diffusé "de fausses nouvelles" en vue de soutenir la confrérie. Retour sur les faits Malgré l’adoption de la nouvelle Constitution, dont le texte garantit la liberté d’expression et d’opinion (article 65), la liberté de la presse (article 70) ainsi que l’indépendance des médias (article 72), les journalistes ne sont pas à l’abri d’arrestations arbitraires. Le gouvernement en place depuis la destitution du président Morsi en juillet 2013 persécute de manière systématique les médias qu’il considère proches des Frères musulmans. Al-Jazeera est devenue une cible privilégiée de cette “chasse aux Frères”. Ainsi, les autorités n’ont pas hésité à fermer les locaux de la chaîne dans le pays et à arrêter arbitrairement ses journalistes. Cette campagne a franchi un nouveau seuil avec la décision du gouvernement en décembre dernier de placer l’association des Frères musulmans sur la liste des organisations terroristes. Il est désormais interdit aux professionnels des médias de posséder ou diffuser des publications ou enregistrements issus des Frères musulmans. L’extrême polarisation des médias égyptiens (pro ou anti-Morsi) vient renforcer celle de la société égyptienne. Fortement polarisée, nombre de journalistes soutenant ouvertement le pouvoir en place, ne jouent pas leur rôle de contre-pouvoir. Depuis le 3 juillet 2013, six professionnels de l’information ont ainsi été tués par des tirs à balles réelles, la majorité d’entre eux couvraient des rassemblements pro-Morsi. Au moins 65 journalistes ont été interpellés, arrêtés ou détenus entre le 3 juillet 2013 et le 30 avril 2014, d’après le Comité de Protection des Journalistes (CPJ). Dans une lettre ouverte adressée au président Al-Sissi, Reporters sans frontières avait invité le nouveau raïs égyptien à se poser en garant de la liberté de la presse et de la liberté d’informer, et à libérer l’ensemble des acteurs de l’information actuellement détenus. L’Égypte figure à la 159e place au Classement mondial de la liberté de la presse, établi par RSF pour 2014.