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12 janvier 2005 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Reprise en main de la presse en ligne


Le gouvernement vietnamien a décidé de mettre au pas la presse officielle, en particulier les sites d'informations. En quelques semaines trois publications - Tuoi Tre, Tintucvietnam.com et Vnexpress.net - ont été interdites ou rappelées à l'ordre. Reporters sans frontières déplore cette dégradation de la liberté d'expression dans le pays et condamne les poursuites judiciaires engagées contre la journaliste Nguyen Thi Lan Anh.
Le gouvernement vietnamien, sous l'influence de l'idéologue du politburo, Nguyen Khoa Diem, a décidé de mettre au pas la presse officielle, en particulier les sites d'informations. En quelques semaines trois publications - Tuoi Tre, Tintucvietnam.com et Vnexpress.net - ont été interdites ou rappelées à l'ordre. Reporters sans frontières déplore une dégradation de la liberté d'expression dans le pays et condamne les poursuites judiciaires engagées contre Nguyen Thi Lan Anh, journaliste du quotidien Tuoi Tre. "Les autorités vietnamiennes considèrent les médias comme des organes de propagande. A moins d'un an du prochain congrès du Parti communiste, elles craignent particulièrement les sites d'informations, même officiels, car ils se font l'écho du mécontentement populaire. Nous devons soutenir cette jeune génération de journalistes qui veulent rendre compte de l'actualité et non servir de porte-voix au régime", a déclaré l'organisation. Nguyen Thi Lan Anh a été inculpée, le 5 janvier 2005, pour avoir publié deux brèves citant une note du ministre de la Santé classée "secret d'Etat". Dans ce document, le ministre demandait qu'une enquête soit menée sur les prix anormalement élevés pratiqués par l'entreprise pharmaceutique Zuellig Pharma VN. Tuoi Tre (La Jeunesse), l'un des rares journaux vietnamiens d'investigation, est dans la ligne de mire du gouvernement depuis plusieurs années. Le Premier ministre vietnamien, Pham Van khai, avait demandé, le 8 novembre 2004, que des mesures disciplinaires soient prises contre l'agence de presse en ligne Vnexpress.net, gérée par le fournisseur d'accès Internet FTP - une entreprise d'Etat. Cette intervention avait été demandée par le ministère de la Culture et de l'Information, en raison d'articles "erronés" publiés par l'agence. Les textes incriminés rapportaient l'achat par le gouvernement de 78 Mercedes pour le sommet Europe-Asie (ASEM), en octobre 2004. Ils avaient déclenché une avalanche de courriers de lecteurs qui dénonçaient l'importation de ces véhicules de luxe. Certaines de ces réactions d'internautes, publiées par Vnexpress, seraient à l'origine de la colère du gouvernement. Le rédacteur en chef ainsi que les journalistes impliqués dans ce dossier auraient subi des mesures disciplinaires. Le site d'informations Tintucvietnam.com (Nouvelles du Viêt-nam) a été fermé, autour du 10 janvier, sur ordre du ministère de la Culture et de l'Information. Cette publication traitait principalement de thèmes culturels et économiques. Comme pour Vnexpress, ce sont certains courriers de lecteurs mis en ligne qui auraient provoqué l'interdiction. Cette reprise en main des médias est orchestrée par Nguyen Khoa Diem, responsable de la Commission sur l'idéologie et la culture du Comité central du Parti communiste. Ces derniers mois, il a publiquement insisté à plusieurs reprises sur la nécessité de recadrer la presse qui cherche, selon lui, le sensationnel et le profit plutôt que de se contenter de diffuser l'idéologie du gouvernement.