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12 septembre 2002 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Reporters sans frontières se constitue partie civile auprès de Laïd Sammari pour défendre le secret des sources journalistiques en France


Parce que Reporters sans frontières considère que les journalistes ne doivent pas se transformer en auxiliaires de la justice, l'organisation se constitue partie civile auprès de Laïd Sammari (photo), journaliste à l'Est Républicain, placé sur écoutes judiciaires en 2002 dans le cadre des affaires corses.
Reporters sans frontières a annoncé le 12 septembre, lors d'une conférence de presse, qu'elle se joint à la plainte du journaliste de l'Est Républicain, Laïd Sammari, en tant que partie civile, en vertu de l'article 226-1 du code pénal sur l'atteinte à la vie privée. Laïd Sammari a été placé sur écoutes judiciaires par la Division nationale de lutte antiterroriste en 2002, dans le cadre de l'enquête sur l'assassinat du préfet Erignac. " Ce cas est emblématique de la mise en cause toujours plus fréquente du secret des sources journalistiques en France. Les journalistes ne doivent pas se transformer en auxiliaires de la justice. Ils sont là pour nous informer, pas pour servir d'informateurs à la police", a déclaré Robert Ménard, secrétaire général de l'organisation. "La confiance entre le journaliste et son informateur est l'une des conditions essentielles de l'exercice d'un journalisme d'enquête et d'investigation. Le secret des sources est une nécessité. Pour la qualité de notre information, pour l'indépendance de nos médias", a-t-il ajouté. Six autres journalistes ont été placés sur écoutes pour des raisons similaires au cours des deux dernières années. En septembre 2001, le photographe Jean-Pierre Rey, journaliste-photographe à l'agence Gamma, spécialiste de la Corse, a été placé en garde à vue pendant près de quatre jours subissant diverses pressions dans le but de le pousser à dévoiler ses sources. Au cours des vingt mois précédents, quatre autres journalistes avaient été placés en garde à vue. Reporters sans frontières dénonce la conception étriquée de la liberté d'expression de la justice française, en totale contradiction avec la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'homme. Dans une lettre adressée le 10 septembre au ministre de la Justice, Dominique Perben, Reporters sans frontières propose une modification de l'article 109-2 du code de procédure pénale afin de mieux protéger le droit des journalistes à ne pas révéler l'origine de leurs informations. Plus généralement, l'organisation demande la révision des lois sur la presse, qui font de la France l'un des pays européens les plus rétrogrades en la matière.