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30 mai 2003 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Reporters sans frontières rappelle qu'il n'y a pas de "bonne gouvernance" sans une presse libre


Dans une lettre adressée à chacun des chefs d'Etat et de gouvernement prenant part au Sommet du G8*, Reporters sans frontières leur a demandé de s'engager en faveur du respect de la liberté de la presse dans le monde. L'organisation souhaite vivement que le G8 d'Evian soit, selon la formule utilisée par le président de la République française, Jacques Chirac, ce " lieu d'impulsion " qui permettra un progrès vers un monde plus équilibré et plus paisible. Elle est convaincue que ce progrès dépendra aussi de " l'impulsion " qui sera donnée à la liberté d'informer et d'être informé. L'existence d'une presse indépendante de tout pouvoir est nécessaire au développement qui est l'un des objectifs majeurs de la rencontre d'Evian. La liberté de la presse est particulièrement liée aux grands objectifs que le G8 s'est fixés : la solidarité, la responsabilité, la sécurité, la démocratie. L'information est nécessaire à ceux à qui l'on demande un effort de solidarité et à ceux qui en bénéficient. Elle est nécessaire pour que chacun exerce ses responsabilités, pour que chaque personne et chaque peuple puissent être acteurs de leur propre développement. Par la connaissance qu'elle apporte des autres hommes, elle contribue à éviter les affrontements ethniques ou nationaux et les " chocs de civilisations ". Enfin, elle est un élément essentiel de la " bonne gouvernance " de toute société démocratique. C'est aussi la conclusion d'un rapport publié récemment par la Banque mondiale : " Le Droit de dire ". Le président de cette institution, M. James D. Wolfensohn, précisait : " Une presse libre n'est pas un luxe. C'est le cœur même d'un développement équitable. Les médias peuvent exposer la corruption. Ils peuvent exercer un contrôle sur la conduite des affaires publiques en braquant les projecteurs sur l'action des gouvernements. Ils permettent à la population d'exprimer des opinions diverses sur le gouvernement et les réformes et ils contribuent à la construction d'un consensus pour faire changer les choses. " Reporters sans frontières recommande ainsi aux chefs d'Etat et de gouvernement prenant part au G8 : - De respecter et de faire respecter scrupuleusement l'article 19 de la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948 qui affirme " le droit de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit ". Cela implique en particulier la libre circulation des journalistes et le libre accès à toutes les technologies de la communication. - D'assurer la protection des journalistes dans les zones d'insécurité ; de faire respecter par tous les belligérants leur statut de " personne civile ", conformément aux conventions de Genève. - De lutter contre l'impunité des crimes commis contre les journalistes et ceux qui travaillent dans les médias. - D'élaborer des législations qui garantissent effectivement la liberté de la presse et de supprimer les peines de prison pour les délits de presse, comme le recommande le Rapporteur spécial des Nations unies pour la liberté d'expression et d'opinion. L'organisation a rappelé que 125 journalistes sont actuellement emprisonnés, et que 481 ont trouvé la mort au cours de ces 10 dernières années, victimes, dans leur majorité, de la violence d'Etats ou de groupes paramilitaires et mafieux. Ces chiffres sont les révélateurs des atteintes inadmissibles portées directement ou sournoisement contre un droit de l'homme sans lequel les autres droits ne peuvent être respectés, contre une liberté condition des autres libertés. Et Reporters sans frontières de conclure : " Il peut certes paraître plus urgent de secourir les centaines de millions d'hommes, de femmes et d'enfants qui souffrent et meurent parce qu'ils manquent de nourriture et n'ont pas accès à l'eau potable. Mais l'information permet de faire connaître ces fléaux, de débattre des solutions proposées et de veiller à leur application. " * M. Jacques Chirac, Président de la République française, M. Vladimir Poutine, Président de la Fédération de Russie, M. George Walker Bush, Président des Etats-Unis d'Amérique, M. Jean Chrétien, Premier ministre du Canada, M. Tony Blair, Premier ministre du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande du Nord, M. Gerhard Schroeder, Chancelier de la République fédérale d'Allemagne, M. Junichiro Koizumi, Premier ministre du Japon et M. Silvio Berlusconi, Président du Conseil des ministres de la République italienne.