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12 septembre 2002 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Reporters sans frontières lance un appel à six personnalités politiques françaises qui se sont rendues en vacances en Tunisie


Alors que la situation de la liberté d'expression et la liberté de la presse ne cesse de se dégrader en Tunisie, Reporters sans frontières a adressé une lettre à plusieurs personnalités politiques françaises qui se sont rendues en Tunisie cet été : Michèle Alliot-Marie, ministre de la Défense ; Jean-François Copé, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement et porte-parole du gouvernement ; Bertrand Delanoë, maire de Paris ; Christian Jacob, ministre délégué à la Famille, auprès du ministre de la Santé, de la famille et des personnes handicapées ; Charles Pasqua, président du Rassemblement pour la France et Philippe Séguin, ancien ministre. L'organisation leur a demandé, au nom de leur "amitié pour le peuple tunisien", d'intervenir auprès des autorités de ce pays pour la libération d'Abdallah Zouari, Hamadi Jebali et Zouhair Yahyaoui, tous trois emprisonnés pour avoir librement exprimé leur opinion. Dans ce courrier, l'organisation a notamment fait part de sa profonde préoccupation sur le sort du journaliste Abdallah Zouari, récemment condamné à huit mois de prison alors qu'il venait de passer onze ans derrière les barreaux. "Ce journaliste de l'hebdomadaire Al Fajr (aujourd'hui interdit) a été condamné, en appel, le 4 septembre dernier, à huit mois de détention pour "refus d'obtempérer à une décision administrative". (…) Les avocats du journaliste ont décidé de se retirer du procès invoquant "l'absence de conditions pour un procès équitable et de garanties d'indépendance". Le 19 août, des policiers avaient arrêté Abdallah Zouari et l'avaient conduit à la prison de Harboub, dans le gouvernorat de Mednin. Le journaliste avait refusé de se plier à une mesure d'éloignement à Zarzis, dans le gouvernorat de Mednin, qu'il avait qualifiée d'arbitraire. Selon l'avocat de M. Zouari, rien ne justifiait cette décision d'éloignement dans la mesure où le journaliste est domicilié dans la banlieue de Tunis et non à Zarzis où seule une partie de sa famille réside. "Pour notre organisation, condamner un homme dont la vie a déjà été détruite par onze ans de prison est tout simplement inhumain. Abdallah Zouari est un journaliste et non pas un terroriste comme le sous-entendent les autorités tunisiennes. La lutte antiterroriste de l'après 11 septembre a bon dos, une nouvelle fois, pour réprimer les opposants au régime de Carthage, tout particulièrement lorsqu'ils sont islamistes", a souligné Robert Ménard, secrétaire général de l'organisation. Par ailleurs, un confrère d'Abdallah Zouari croupit en prison depuis 1991. En 1992, Hamadi Jebali, directeur de l'hebdomadaire Al Fajr, a été condamné par la cour militaire de Tunis à seize ans de prison pour "agression dans l'intention de changer la nature de l'Etat" et "appartenance à une organisation illégale". En 1991, il avait déjà été condamné à un an de prison pour avoir publié un article qui critiquait le système des tribunaux militaires. L'organisation a enfin rappelé le cas d'un jeune cyberdissident emprisonné depuis juin 2002. Le 10 juillet 2002, Zouhair Yahyaoui, fondateur du site d'opposition TUNeZINE (www.tunezine.com), a été condamné par la cour d'appel de Tunis à deux ans de prison. Zouhair Yahyaoui a été reconnu coupable, entre autres, de "propagation de fausses nouvelles. Ce que lui reproche le pouvoir, c'est d'avoir osé, sur son site, se faire l'écho des critiques de l'opposition concernant le respect des droits de l'homme en Tunisie. (…) Durant son interrogatoire, le jeune homme a été torturé (système dit de la suspension), insulté et humilié.