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1 juin 2013 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Reporters sans frontières exige la libération immédiate et inconditionnelle de Tomislav Kežarovski


Reporters sans frontières dénonce avec la plus grande fermeté l’arrestation, le 28 mai 2013 à son domicile de Skopje, de Tomislav Kežarovski, journaliste au quotidien Nova Makedonija. Kežarovski est accusé d’avoir révélé l’identité d’un témoin protégé dans un article publié en 2008 dans le quotidien Reporter 92, portant sur les circonstances d’un assassinat dans le village d’Orese. En février 2013, le témoin cité dans l’article avait cependant reconnu devant la cour qu’il avait fait un faux témoignage et qu’il ne bénéficiait du statut de témoin protégé que depuis 2010. Tomislav Kežarovski a été condamné à 30 jours de prison et se trouve en détention à l’heure où nous publions. « Nous exigeons la libération immédiate et inconditionnelle de Tomislav Kežarovski, qui est détenu sous un prétexte fallacieux. Son arrestation et sa condamnation ont manifestement d'autres objectifs que les autorités doivent impérativement clarifier. L'expérience a démontré que les arrestations, souvent abusives en Macédoine, sont souvent organisées pour forcer les journalistes à "s'expliquer" sur d'autres sujets ou à donner leurs sources d'informations. Nous rappelons au gouvernement et à la justice macédonienne que la protection des sources est garantie par l’article 16 de la Constitution. Emprisonner un journaliste parce qu’il s’appuie sur ce droit légitime est non seulement illégal, mais totalement incompatible avec les standards européens que le gouvernement prétend respecter. Nous appelons la cour à annuler au plus vite cette condamnation. La place de Tomislav Kežarovski est auprès des siens, pas en prison ! », a déclaré Reporters sans frontières. « Le traitement du journaliste par les autorités est on ne peut plus disproportionné. Tomislav Kežarovski n’a commis aucun crime. Une simple convocation pour une éventuelle audition aurait largement suffi. En faisant arrêter le journaliste par les aforces spéciales, en lui imposant la mise en scène d'un traitement dégradant et les menottes en public, les autorités ne font que renforcer les pressions qu’elles ne cessent d’imposer à la presse. Cette manœuvre d’intimidation scandaleuse démontre hélas l’environnement désastreux dans lequel évoluent les acteurs de l’information et les rapports particulièrement difficiles qu’ils entretiennent avec l’Etat. » « Nous sommes très préoccupés par la dégradation constante de la liberté de l’information en Macédoine. Le pays occupe la 116e place sur 179 pays dans notre classement mondial 2013 de la liberté de la presse. L’emprisonnement d’un journaliste pour une enquête qui relevait manifestement de l’intérêt public n’améliorera pas cette situation. Si le gouvernement macédonien ambitionne réellement de faire adhérer son pays à l’Union européenne, des actes concrets et significatifs vont devoir être réalisés de toute urgence pour que les bases du journalisme d’investigation soient enfin respectées. Dans la consultation publique qu’elle organise jusqu’au 14 juin 2013 sur le pluralisme des médias, la Commission européenne rappelle toute l’importance qu’elle accorde au respect de la liberté de la presse, qu’elle place désormais comme un des principaux critères d’évaluation des pays candidats à l’adhésion. Nous appelons la délégation de l'Union européenne à Skopje à sensibiliser le gouvernement macédonien à ces exigences et à réclamer publiquement la libération immédiate de Tomislav Kežarovski », a conclu l’organisation.