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14 juin 2005 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Reporters sans frontières dénonce une campagne de dénigrement des journalistes indépendants, orchestrée par les autorités


Deux journalistes qui avaient couvert les événements sanglants d'Andijan ont été stigmatisés dans la presse et traités de « menteurs » et de « traîtres à la patrie ». La répression à l'encontre des journalistes indépendants se durcit, alors que se confirme le blocus de l'information imposé par les autorités.
« Il est intolérable de constater que des journalistes qui ont couvert des événements au péril de leur vie soient ensuite les cibles d'une chasse aux sorcières, orchestrée méthodiquement par les autorités. Nous demandons au président Islam Karimov de faire cesser immédiatement cette campagne de dénigrement, qui utilise les clichés idéologiques les plus grossiers à l'encontre des journalistes indépendants et qui ne fait que renforcer le blocus de l'information dans le pays », a déclaré Reporters sans frontières. Les services secrets ouzbeks (SNB) donnent des instructions aux rédactions afin qu'elles publient des articles non signés, déjà rédigés et qui stigmatisent les journalistes indépendants ayant couvert les événements d'Andijan. Ces derniers sont qualifiés de « traîtres à la patrie » et de « menteurs ». Le seul journaliste qui avait réussi à rester à Andijan après les événements sanglants du 13 mai 2005, Aleksey Volosevitch, correspondant du site www.fergana.ru, a fait l'objet d'un article publié le 3 juin dans l'hebdomadaire Mokhiyat, le présentant sous les traits d'un voyou. Le journal Zerkalo XXI a également publié, le 9 juin, un article extrêmement virulent à l'encontre de la radio indépendante Ozodlik (Radio Liberty), livrant des détails biaisés sur la vie personnelle du journaliste Hamroqul Qarshiev. L'article concluait : « Nous n'abandonnerons pas notre patrie aux ennemis étrangers ». Reporters sans frontières rappelle le net durcissement de la répression à l'encontre des journalistes depuis deux mois. Tulkin Karaev, journaliste indépendant et collaborateur de l'Institute for War and Peace Reporting (IWPR), a été arrêté à Karshi (sud du pays), le 4 juin et accusé de « hooliganisme ». Ses geôliers auraient tenté de lui faire une piqûre d'héroine dans sa cellule, afin d'invoquer la toxicomanie pour l'inculper. Sabirjon Yakubov, journaliste de l'hebdomadaire indépendant Hurriyat (Liberté, 3 500 exemplaires), a été arrêté le 11 avril, à Tachkent. Il a été inculpé pour « avoir enfreint l'ordre constitutionnel » et « faire partie d'une organisation extrémiste religieuse » (article 159 du code pénal). Il risque jusqu'à 20 ans de prison. « D'ici à deux-trois mois, tous les journalistes indépendants auront été arrêtés et seront sous les verrous », estime un journaliste indépendant, basé à Karshi (sud du pays), sous couvert d'anonymat. L'information est totalement confisquée par les autorités ouzbèkes. L'accès aux télévisions russes REN-TV et TV-Tsentr est toujours impossible en Ouzbékistan. Par ailleurs, tous les sites Internet indépendants sont également inaccessibles et ont été bloqués par les fournisseurs d'accès du pays. La radio reste l'accès privilégié pour une information de source indépendante mais se limite à quelques heures d'émission en langue ouzbèke de la BBC, d'Ozodlik (Radio Liberty) et de Voice of America (Voix de l'Amérique). La station de radio publique américaine a repris le 12 juin ses émissions quotidiennes d'une demi-heure en ouzbek, après un an d'interruption.