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15 juillet 2003 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Reporters sans frontières dénonce la fermeture d'une télévision communautaire


Reporters sans frontières proteste contre la fermeture de Catia TV, une chaine de télévision communautaire de l'ouest de Caracas. Les locaux où se trouve le matériel de retransmission de la station ont été fermés sur ordre de la mairie de Caracas, dirigée par Alfredo Peña (opposition), provoquant la fin des émissions de la chaîne. "Nous vous demandons des explications sur les raisons qui ont conduit à la fermeture du local de Catia TV. Quelles qu'elles soient, nous vous rappelons qu'elles ne sauraient justifier la fin des émissions de ce média", a déclaré Robert Ménard, secrétaire général de Reporters sans frontières, dans une lettre adressée à Alfredo Peña. "Nous vous demandons par conséquent de veiller à ce que cette chaîne puisse reprendre ses programmes dans les meilleurs délais. Nous vous prions par ailleurs d'entamer avec les responsables de cette dernière un dialogue qui permette de trouver une solution respectueuse de la liberté de la presse", a ajouté l'organisation. Le 10 juillet 2003, des fonctionnaires de la mairie de Caracas se sont présentés à l'hôpital de Lídice qui héberge le matériel de retransmission de la chaîne communautaire Catia TV, accompagnés du directeur de l'hôpital, Alexis Parra. En présence de membres de la police métropolitaine, qui dépend de la mairie de Caracas, ils ont procédé à la fermeture du local où se trouvent des installations de la chaîne. La station a cessé d'émettre. Les explications données sont contradictoires. Un acte administratif remis à la chaîne mentionne "l'incompatibilité" des activités de la chaîne avec celles de l'hôpital, affirmant qu'elles gênent le travail du personnel médical. L'acte mentionne l'impossibilité de joindre la direction de la chaîne pour lui faire part de ces problèmes. Pedro Aristimuño, adjoint à la santé de la mairie, a ensuite expliqué que la décision avait été prise pour protéger le matériel de la chaîne, prétendument abandonné depuis un an, alors que des vols avaient eu lieu à l'hôpital. Blanca Eekhout, directrice de Catia TV, dément que les activités de la chaîne perturbent le service de l'hôpital ou que le matériel ait été abandonné. D'après elle, seuls deux techniciens se rendent chaque après-midi sur place, les émissions étant produites et réalisées dans d'autres locaux. Elle ajoute que Catia TV n'a jamais reçu aucune lettre ni avertissement à ce sujet et que les fonctionnaires n'ont présenté aucun mandat administratif lors de l'opération. La station émet chaque jour de 16 heures à 20h30. Invité à l'émission du président Chávez, "Alo Presidente", diffusé chaque dimanche sur la chaîne publique Canal 8, José Angel Manrique, président du Réseau des médias communautaires, a annoncé l'intention de Catia TV de porter l'affaire devant la Commission interaméricaine des droits de l'homme. Les médias communautaires se sont nettement développés au Venezuela depuis l'arrivée au pouvoir du président Chávez et l'adoption, en août 2000, de la Loi sur les télécommunications qui ouvre la porte à leur légalisation. Proches du gouvernement dans leur majorité, ils reprennent la réthorique du Président à l'encontre de l'opposition et des grands médias privés, qualifiés de "putschistes" et de "traitres". Dans un rapport publié le 11 avril 2003, Reporters sans frontières dénonçait que "la presse privée, qui se pose dans le même temps en défenseur de la liberté de la presse, ne verrait pas d'un mauvais œil la fermeture de ces médias". Les reporters de la presse privée sont régulièrement les cibles d'agressions de la part des partisans du gouvernement.