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25 mars 2004 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Reporters sans frontières demande à rencontrer le président du conseil d'administration de Telecom Italia


L'organisation souhaite attirer l'attention de Marco Tronchetti Provera, président du conseil d'administration de Telecom Italia, sur les implications de la participation de son entreprise dans l'opérateur de télécommunications cubain ETECSA, alors que le Net est soumis dans l'île à une censure implacable
Reporters sans frontières a écrit, le 25 mars 2004, à Marco Tronchetti Provera, président du conseil d'administration de Telecom Italia, pour lui demander un entretien. L'organisation souhaite attirer l'attention du Président sur les implications de la participation de son entreprise dans l'opérateur de télécommunications cubain ETECSA. "Nous souhaitons vous rencontrer pour aborder ensemble les problèmes posés par votre investissement dans les télécoms cubains. Nous estimons en effet que votre entreprise devrait intervenir auprès d'ETECSA et du gouvernement cubain afin que cesse la censure implacable du Net en place à Cuba et que les 27 journalistes emprisonnés en mars 2003, auxquels est notamment reprochée leur utilisation "contre-révolutionnaire" de la Toile, soient libérés", a indiqué Reporters sans frontières dans sa lettre à Marco Tronchetti Povera. Le Net est interdit à la très grande majorité des Cubains. Dans l'île du président Fidel Castro, seules les personnes ayant reçu une autorisation explicite peuvent accéder à Internet. L'interdiction est d'autant plus stricte qu'il est illégal de posséder du matériel informatique. Quant aux cybercafés, ils sont réservés aux touristes et soumis à un contrôle draconien. Le régime cubain a procédé, en mars 2003, à une vague d'arrestations au cours de laquelle 27 journalistes indépendants ont été emprisonnés. Parmi eux, figure le poète et journaliste Raúl Rivero, dont l'acte d'accusation mentionne explicitement sa collaboration avec un site Internet visant "à renverser la révolution cubaine". La plupart des condamnations des 27 emprisonnés font référence à leur activité sur le Net : diffusion d'articles sur des publications en ligne étrangères ou simple consultation de sites prohibés. Quelques dizaines de milliers de Cubains continuent pourtant de pirater le réseau téléphonique d'ETECSA pour accéder au Net. Ces connexions illégales au Réseau sont une fenêtre de liberté dans un pays où aucun média indépendant n'est toléré. En décembre 2003, les autorités cubaines ont annoncé qu'elles allaient traquer ces utilisateurs "pirates" de la Toile. Un décret du gouvernement a ordonné à ETECSA "d'employer tous les moyens techniques nécessaires permettant de détecter et d'empêcher l'accès à Internet" pour les personnes non autorisées. En clair, les autorités cubaines exigent de votre entreprise partenaire de surveiller le Réseau et d'aider la police à repérer les internautes cubains ayant contourné l'interdiction officielle. L'opérateur de télécoms est ainsi partie prenante du système de répression du Net. Ce décret laisse en outre présager une nouvelle vague d'arrestations, touchant cette fois les internautes cubains "pirates". En tant qu'actionnaire à 29,3% d'ETECSA, entreprise ayant le monopole d'exploitation du Réseau cubain, Telecom Italia est directement concernée par les activités de cette société.