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16 avril 2014 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Reporters sans frontières demande l’abandon des charges contre deux journalistes de Phuketwan


A la veille de l’ouverture du procès d’Alan Morison, rédacteur en chef du site d’information Phuketwan et de sa collègue Chutima Sidasathian, Reporters sans frontières appelle les autorités à abandonner toutes les charges qui pèsent contre les deux journalistes. Depuis le mois de décembre 2013, ils sont poursuivis par la Royal Thai Navy pour diffamation après avoir relayé un article de l’agence de presse Reuters sur le sort réservé aux réfugiés Rohingyas par les autorités thaïlandaises. Les poursuites ont été initiées par le capitaine Panlob Komtonlok au nom de la Royal Thai Navy. Le commandant adjoint en chef, l’amiral Polawat Sirodom, a signifié son soutien à cette plainte. Le procès des deux journalistes doit se dérouler le 17 avril devant la cour provinciale de Phuket. Alan Morison et Chutima Sidasathian encourent, en vertu de la loi sur les crimes informatiques (Compter Crime Act), une peine pouvant aller jusqu’à 5 ans de prison et une amende de 100 000 bahts (environ 3000 dollars américains), auxquels peuvent s’ajouter deux ans de prison pour diffamation. “Les journalistes de Phuketwan n’ont absolument rien à faire devant un juge. Si les forces navales souhaitent contester l’enquête menée par les journalistes de Reuters - qui vient d’être récompensée par le prix Pulitzer - elles ont la possibilité de donner publiquement leur version des faits et de demander un droit de réponse. En utilisant le Compter Crime Act pour intimider des journalistes, elles ne font que signifier leur volonté de dissimuler des informations sensibles et de dissuader tout commentaire sur ce scandale humanitaire”, déclare Benjamin Ismaïl, responsable du bureau Asie-Pacifique de l’organisation. “Nous exhortons la justice à ne pas donner suite à cette plainte abusive. Cette affaire rappelle l’urgence de réformer le Computer Crime Act, qui est à l’origine de multiples violations de la liberté de l’information, souvent commises par les autorités”, ajoute Benjamin Ismaïl. “Il est également essentiel que les médias internationaux opérant en Thaïlande couvrent de manière extensive ce procès, malgré les pressions exercées par le pouvoir”, ajoute Benjamin Ismaïl. Pour leur dossier spécial consacré au trafic de réfugiés Rohingyas par les autorités, les deux journalistes de Reuters, Jason Szep et Andrew RC Marshall, ont remporté le 14 mars le prix Pulitzer récompensant un “rapport courageux sur la violente persécution des Rohingyas, (...) souvent victimes des réseaux de trafiquants d’être humains”. Le journal Phuketwan a symboliquement commencé un décompte des jours jusqu’au 3 mai, Journée internationale de la liberté de la presse. La Thaïlande est classée à la 130e place sur 180 pays dans le classement mondial de la liberté de la presse 2014 établi par Reporters sans frontières. Credit photo: Phuketwan